Immeuble énergétiquement neutre: «L'hydrogène est aussi sûr que le gaz naturel»
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Immeuble énergétiquement neutre«L'hydrogène est aussi sûr que le gaz naturel»

L'hydrogène est considéré comme l'avenir du stockage de l'électricité. Mais quel est le degré de sécurité de cette procédure? Un expert nous donne quelques explications.

par
Pascal Michel
Dans l'immeuble locatif énergétiquement autarcique construit à Brütten (ZH), l'énergie solaire excédentaire est stockée dans des réservoirs d'hydrogène. En hiver, elle est libérée sous forme d'électricité.

Dans l'immeuble locatif énergétiquement autarcique construit à Brütten (ZH), l'énergie solaire excédentaire est stockée dans des réservoirs d'hydrogène. En hiver, elle est libérée sous forme d'électricité.

photo: Kein Anbieter/DR

Monsieur Borgschulte, on a construit à Brütten (ZH) un immeuble locatif énergétiquement autarcique, dans lequel l'électricité excédentaire est stockée sous forme d'hydrogène durant l'été. Dans quelle mesure ce principe est-il sûr?

Fondamentalement, un réservoir d'hydrogène dans l'immeuble est tout aussi sûr qu'un réservoir de gaz naturel ou de pétrole. Certes, l'hydrogène s'enflamme plus facilement que le gaz naturel, mais il s'évapore aussi très rapidement. Par conséquent, si le réservoir avait une fuite, l'hydrogène s'évaporerait instantanément. Une explosion est donc très peu probable et ne serait possible que si de grandes quantités d'hydrogène s'accumulaient dans une pièce sans fenêtres et finissaient par s'enflammer. C'est alors que se produirait une explosion de gaz oxhydrique – un phénomène bien connu, dont on nous parle pendant les cours de chimie.

Quel sens a le stockage d'électricité sous la forme d'hydrogène? Le processus nécessite à lui seul de grandes quantités d'énergie...

C'est exact. Parce que le processus d'accumulation en vue du stockage et la décomposition par électrolyse génère des rejets thermiques, on introduit trois ou quatre fois plus d'énergie que par la suite – par exemple en hiver –, lorsque celle-ci peut de nouveau être libérée sous forme d'électricité. Une solution consisterait à laisser tout simplement «disparaître» l'énergie excédentaire – que le photovoltaïque, par exemple, produit en été. Le problème est que le consommateur veut aujourd'hui avoir de l'énergie à disposition en tout temps. Autrement dit, la couverture – par exemple avec des panneaux solaires – devrait être conçue et aménagée en hiver de telle façon qu'il y ait toujours assez d'électricité disponible. En été, on aurait toutefois besoin de seulement un sixième des installations pour couvrir la consommation. L'énergie restante serait perdue. C'est pourquoi nous avons besoin de possibilités de stockage comme l'hydrogène, qui a d'autres propriétés intéressantes.

C'est-à-dire?

La technologie garantit que l'électricité est dissociée de la source d'énergie et peut ainsi être mise sur le marché. Je peux donc vendre l'énergie au moment où elle est nécessaire et je ne suis pas obligé – comme c'est le cas actuellement avec l'énergie solaire – d'alimenter le réseau avec le surplus à tout prix. Un autre point fort de l'hydrogène: si je le brûle directement pour le chauffage, le résultat est au moins aussi efficace qu'un système de chauffage au mazout.

Dans les domaines de l'habitat ou des transports, on utilise toujours plus souvent des batteries puissantes. Quand est-il judicieux d'utiliser une batterie? Et quand un système de stockage de l'hydrogène est-il plus efficace?

Les batteries se prêtent au stockage à court terme. Toutefois, plus on veut économiser de l'énergie, plus la batterie sera lourde et coûteuse. Pour le stockage à long terme, un gaz tel que l'hydrogène présenterait un avantage. En effet: on peut stocker jusqu'à 39 kWh dans 1 kilo d'hydrogène, moins de 1 kWh dans une batterie lithium-ion.

La méthode de stockage sous forme d'hydrogène aide-t-elle les énergies renouvelables à faire une percée décisive?

Non, cela ne semble pas pouvoir être le cas dans un avenir proche, car cette technologie est pour l'heure beaucoup plus onéreuse que les combustibles fossiles. Cela ne tient pas aux possibilités techniques: elles existent. Mais nous devons nous défaire de l'idée que nous pouvons disposer des énergies renouvelables à des prix moins élevés que ceux des énergies fossiles. C'est un peu ce qui se passe lorsque le pétrole jaillit pour ainsi dire «gratuitement» hors de la terre alors que nous essayons, par des processus complexes et coûteux, de tirer le meilleur parti des technologies renouvelables, comme l'hydrogène. La lutte reste inégale. Qui veut miser sur les énergies renouvelables doit donc aussi être prêt à en assumer les coûts en tout temps.

L'Energy Challenge 2016 est une campagne nationale lancée par Suisse énergie et l'Office fédéral de l'énergie. Elle traite des sujets liés à l'efficience énergétique et aux énergies renouvelables. En tant que partenaire média, «20 minutes» se penchera sur la thématique durant six mois avec des graphiques, des reportages et des interviews.

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