08.04.2020 à 09:02

Cartographie

L'idée romande qui aide le monde à traquer le virus

Une plateforme romande destinée à visualiser la propagation du virus est en train d'être adaptée dans des pays où la situation est plus compliquée.

de
Pauline Rumpf
L'Inde compte près de 345 millions d'utilisateurs de smartphones: de quoi sonder une large partie de la population.

L'Inde compte près de 345 millions d'utilisateurs de smartphones: de quoi sonder une large partie de la population.

AFP/Prakash Singh

L'idée a fleuri dans la tête de plusieurs Suisses: pour suivre l'évolution du virus malgré le nombre de tests limités, pourquoi ne pas demander directement à la population de dire si elle a eu des symptôme? En quelques jours seulement est née la plateforme covid-self-report.ch, ainsi que plusieurs autres sites similaires (lire encadré), qui connaissent un départ prometteur en Suisse.

Mais une nouvelle utilité est en train d'apparaître aux yeux de Nicolas Uffer, l'un des créateurs. «Très rapidement, nous avons eu des demandes d'adaptation pour l'Inde et le Mexique, où les informations et les tests sont plus limités, et les défis très différents.» Mis à disposition en open-source, le code helvétique a pu être adapté, non seulement dans ces deux pays mais aussi en Italie, en Pologne, à Malte et au Pakistan. Une université s'en est même emparé en Suède.

Faire face au manque de tests ou de confiance

«L'Inde est très peuplée. On ne pourra pas tester tous ceux qui ont des symptômes, précise Prabhakaran Kasinathan, qui a adapté le code pour l'Inde. Actuellement, faute d'informations à jour, beaucoup d'Indiens s'inquiètent peu, hors des grandes villes. Ils pensent que cela n'arrivera pas jusqu'à leur village, alors que celui-ci est peut-être déjà un foyer d'infection. On pourrait donc littéralement sauver des vies en apportant une information en temps réel au public.»

«Au Mexique, la politique est très polarisée, et dans cette période compliquée il est difficile de savoir à qui faire confiance, complète le référent mexicain, qui souhaite rester anonyme de peur de représailles. La situation pousse beaucoup de gens à agir de façon irresponsable. Notre démarche, en soutien aux autorités, vise à pallier au manque de confiance envers le gouvernement, grâce à la participation de la population.»

Ces deux adaptations de covid-self-report sont très jeunes et ne comptent pour l'instant que quelques centaines de signalements. L'objectif est de les populariser grâce au médias et aux réseaux sociaux, ou en trouvant un soutien auprès des autorités. Toutefois, même sans cela, les sites peuvent exister de façon indépendante: Google ne leur facture pas l'hébergement pour l'instant, et, développé bénévolement, le code est disponible à quiconque voudrait l'adapter.

Pas représentatif, mais indicatif

«Cette initiative est louable et ne fait pas de mal, mais elle n'a pas une valeur scientifique suffisante pour prendre des décisions de santé publique», mettait en garde l'infectiologue Valérie D'Acremont dans «24heures». En effet, atteindre seulement les personnes connectées et lettrées constitue un biais important, sans vérification de leurs dires. «Le but n'est pas forcément d'être représentatif, mais plutôt indicatif, relativise Nicolas Uffer. Puis ces données doivent être prises avec recul, et recoupées avec d'autres.»

«C'est loin d'être parfait, mais c'est bien mieux que rien», réagit Arnaud Peytremann, médecin-assistant, qui a travaillé au Soudan. Il souligne les défis des pays en voie de développement, comme le fait que les tests ne sont pas idéaux pour les climats tropicaux, et souvent trop chers. «Dans certains pays, les respirateurs se comptent sur les doigts de la main. Une cartographie, même imparfaite, peut aider à faire respecter les consignes sanitaires, ce qui aiderait déjà beaucoup.» Et de rappeler que même dans les zones les plus reculées, la plupart des foyers ont accès à un smartphone.

Les données suisses se rassemblent

Plusieurs équipes ont eu la même idée en même temps. Outre covid-self-report, la semaine dernière sont aussi nées de chercheurs de l'EPFZ la plateforme covid-tracker, ainsi qu'une adaptation du site grippenet. Aujourd'hui, ces bases de données sont en train de se regrouper afin d'élargir leur portée grâce à un identifiant unique pour chaque internaute qui s'y connecte. D'autres applications se penchent aussi sur une façon de signaler à chacun s'il a croisé une personne malade; la protection des données étant évidemment un écueil de taille pour tous ces codeurs.

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!