Actualisé 16.05.2008 à 04:09

L'idylle sur le net était une arnaque

Depuis deux ans, un réseau basé
au Burkina Faso fait plusieurs victimes en Suisse romande. Deux
d'entre elles témoignent.

L'amour est aveugle. Alexis* peut méditer Platon après avoir échappé de peu à l'escroquerie. Début avril, le Lausannois de 30 ans se lie un mois durant sur Swissfriends à Melissa (alias fleur_de_vie555), de Jussy (GE), exploitante d'une mine d'or au Burkina Faso.

Une vraie «romance.com» épistolaire, qui n'a rien à voir avec les scams (ou arnaque «nigériane»), bien plus grossiers. Or, à la veille de son retour en Suisse, la belle le sollicite pour un prêt de 1000 euros. Via un procédé parfaitement huilé, elle lui envoie un justificatif d'une société de frêt bidon et lui fait une promesse de reconnaissance de dette.

L'argent est à verser via Western Union à un hôtel de Ouagadougou. L'importation du métal coûte en effet plus cher que prévu. Tout amoureux, Alexis, à deux doigts d'y donner suite, contacte in extremis la «mère» de Melissa, elle-même victime de l'usurpation de son nom.

Luca* (27 ans), de Bussigny, a, lui, réellement payé la somme en novembre. Même scénario, mais sur Meetic, où Melissa se prénomme alors Julie. «Je suis allé l'attendre à Cointrin puis, furieux, j'ai débarqué chez ses parents pour récupérer l'argent.»

La prétendue mère de Julie a reçu deux visites et quinze appels depuis 2006, mais Luca est le seul à porter plainte; en vain. L'inspecteur genevois chargé du dossier se montre sceptique: «Remonter une filière en Afrique relève de la gageure.»

A Swissfriends (160 000 adeptes), Raphaël Augustin explique avoir «un système qui détecte certains profils. On collabore au besoin avec la police. Reste que l'inscription ne doit pas ressembler à une déclaration d'impôts.» Une zone grise dont tirent parti certains futés.

Grégoire Gonin

* Prénoms fictifs

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