Actualisé 02.04.2013 à 15:28

BirmanieL'incendie d'une école musulmane fait 13 morts

L'embrasement d'une madrasa a tué 13 personnes mardi à Rangoun. Si la police privilégie la thèse de l'accident, les récentes violences interconfessionnelles laissent penser le contraire.

Treize adolescents sont décédés mardi dans l'incendie d'une école religieuse musulmane de Rangoun. Cela a soulevé les doutes et les craintes des musulmans de la ville après les récentes violences religieuses, malgré les déclarations des autorités évoquant un accident.

Le gouvernement a immédiatement appelé à ne pas croire les «rumeurs» circulant déjà sur internet alors les fortes tensions entre musulmans et bouddhistes, qui ont fait 43 tués en mars, étaient en voie d'apaisement.

L'incendie a éclaté au milieu de la nuit dans ce bâtiment du centre-ville abritant une école et une mosquée, où 70 personnes, dont de nombreux enfants qui participaient à des cours d'été, passaient la nuit. Plusieurs sources policières ont immédiatement mis le sinistre sur le compte d'un problème électrique, dans un pays où ils sont très courants.

«Selon l'enquête des policiers du quartier, le feu a été causé par un trop haut voltage dans la mosquée», a également indiqué la police nationale.

Commission d'enquête

Les 13 victimes, qui semblent avoir succombé à des brûlures ou à l'inhalation de fumée, faisaient partie d'un groupe de 70 personnes qui dormaient dans l'école attenante à une mosquée lorsque l'incendie s'est déclaré. Les enfants y suivaient des cours d'été. «Le reste des enfants a été secouru», a indiqué une autre source policière.

Dans un contexte très tendu après les violences religieuses des dernières semaines, des habitants musulmans du quartier, en colère, se sont rassemblés près des lieux pour crier leurs doutes sur les causes du sinistre, selon une journaliste de l'AFP sur place.

«Certains élèves et professeurs qui ont pu s'échapper ont dit qu'ils avaient glissé sur un liquide au rez-de-chaussée. Ils ont dit que le liquide sentait l'essence ou le gasoil», a déclaré un leader d'un groupe de la jeunesse musulmane, Shine Win, évoquant l'hypothèse d'un acte criminel plutôt que d'un accident.

Enquête réclamée

La police, qui a déployé une centaine d'hommes, a promis une commission d'enquête à laquelle seraient invités à participer des leaders musulmans. Et le gouvernement birman a immédiatement appelé à ne pas accorder de crédit aux «rumeurs».

Les représentants des principales organisations islamiques ont rencontré les autorités locales pour réclamer une enquête afin «d'établir si c'est un accident ou un incendie volontaire», a expliqué Ye Naung Thein, secrétaire de l'une d'entre elles.

En fin de journée, l'ambassadeur américain Derek Mitchell a insisté sur le besoin «d'une enquête profonde et transparente sur les causes de l'incendie».

Pas un simple accident

La foule de centaines de personnes réunies mardi après-midi dans un cimetière musulman au nord de la ville pour l'enterrement des adolescents enveloppés dans des linceuls blancs était elle convaincue, même sans preuve, que le sinistre n'était un simple accident.

«Je pense que quelqu'un a déclenché l'incendie intentionnellement», a déclaré le professeur de ces treize garçons âgés de 12 à 15 ans, Khin Maung Hla, qui a raconté avoir été réveillé par le feu.

L'usage de la force évoqué

Des violences entre bouddhistes et musulmans avaient éclaté le 20 mars à Meiktila, dans le centre du pays, après une querelle entre un commerçant musulman et des clients. Après trois jours d'émeutes, menées notamment par des moines bouddhistes, l'armée avait finalement repris le contrôle de la ville mais des violences anti-musulmans s'étaient ensuite étendues à d'autres localités.

Au total, 43 personnes ont été tuées et 12'000 déplacées. Aucun incident n'avait eu lieu à Rangoun, même si les tensions créées par la situation avaient poussé les autorités à placer la police en alerte dans certains quartiers.

La situation s'était calmée il y a quelques jours alors que Thein Sein assurait que les efforts des «extrémistes religieux» pour semer la haine ne seraient «pas tolérés» et qu'il n'hésiterait pas à «faire usage de la force en dernier recours» pour protéger la population.

La Birmanie enchaîne les réformes depuis le départ de la junte militaire il y a deux ans, mais les violences de Meiktila ont mis en lumière une tension préoccupante entre bouddhistes et musulmans. En 2012 déjà, des affrontements entre bouddhistes de la minorité ethnique rakhine et musulmans de la minorité apatride des Rohingyas avaient fait plus de 180 tués et 125'000 déplacés dans l'ouest. (ats/afp)

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