France: L'incroyable succès des prêtres chanteurs
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FranceL'incroyable succès des prêtres chanteurs

Ils signent des autographes, enchaînent les interviews et font salle comble, tels des stars du show-biz.

Les «Prêtres», trio d'ecclésiastiques, rencontrent un succès étonnant avec leur album «Spiritus Dei», en tête des ventes en France depuis trois semaines.

En concert vendredi à Marseille, avant une tournée à Paris et Rouen (nord-ouest), puis dans le sud-est de la France au cours de l'été, ce groupe insolite s'est produit devant un public tout acquis à sa cause, dont certains étaient venus très tôt pour être aux premières loges.

Ginette Gustinelli, 60 ans, qui s'est fait dédicacer un CD, ne cache pas son impatience: «je trouve que leur musique est formidable, c'est une bouffée de chrétienté».

Le prêtre Jean-Michel Bardet, 46 ans, se dit à la fois «surpris et touché» par ces témoignages d'affection.

Lui, c'est le musicien chevronné de la bande. Il a fait le conservatoire en trombone et pris des cours de chant pendant dix ans. A ses côtés, le père Charles Troesch, 27 ans, ancien «petit chanteur à la Croix de bois», et Dinh Nguyen Nguyen, séminariste vietnamien de 25 ans, autodidacte.

Leur «manager», Mgr Jean-Michel Di Falco, évêque de Gap et d'Embrun, se plaît à raconter la genèse de cette aventure qui «dépasse vraiment l'imagination».

«Je discutais avec mon ami Didier Barbelivien de différents projets pour lesquels j'avais besoin de ressources, notamment aider une école à Madagascar et construire une église» dans les Hautes-Alpes (sud-est). «C'est comme ça qu'il m'a dit: j'ai une idée, est-ce que tu as des prêtres qui chantent?».

Le médiatique évêque, qui rêve de réitérer le succès du groupe irlandais «The Priests», déniche alors des talents dans son diocèse. Les premières auditions débutent il y a un an et les airs sont sélectionnés, sous la supervision des producteurs du label TF1 Musique.

«On s'imaginait qu'il y aurait de bonnes répercussions car, quand une maison comme TF1 lance un projet, je pense qu'ils savent à peu près où ils vont, financièrement parlant», commente le père Bardet, mais de là à être double disque de platine avec 200.000 albums écoulés depuis le lancement fin mars...

Outre des pièces classiques de musique sacrée («Ave Maria», «Minuit Chrétien»), des chansons populaires sont mises à l'honneur («Quand on n'a que l'amour» de Jacques Brel, «Il faudra leur dire» de Francis Cabrel ou «Hallelujah» de Leonard Cohen).

Ce répertoire «porteur commercialement», sur des «arrangements modernes», selon le prêtre qui a renoncé, comme ses compagnons, aux droits d'auteurs, rencontre rapidement l'adhésion du public.

«Je reçois actuellement 25 ou 30 lettres par jour, des lettres très émouvantes», renchérit Mgr Di Falco. «Souvent cela commence par 'je ne suis pas croyant, je ne vais pas à l'Eglise, mais vous écouter me réconforte, m'apporte la paix'».

D'autres se retrouvent tout simplement dans le «projet caritatif et veulent faire un geste». D'autres encore sont «intrigués et se demandent si on est des vrais prêtres», s'amuse Charles Troesch, heureux de «donner une autre image» des curés, de «casser certains clichés et de montrer qu'il y a une vie après la messe».

L'intense campagne de promotion dans les médias - nombreux plateaux télévisés, clip diffusé en boucle - est un autre ingrédient, non négligeable, de la réussite du groupe. Certains ont d'ailleurs «l'impression qu'on se compromet dans un système de &fric& en acceptant ce jeu de la notoriété», note Jean-Michel Bardet. Si lui-même a «pris goût» à cette expérience, il précise: «on a de la distance par rapport aux gens du métier, ce n'est pas notre vie».

Les Prêtres chantent l'envie d'aimer:

(afp)

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