Ukraine: L'indépendance du pays sacrifiée à Poutine
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UkraineL'indépendance du pays sacrifiée à Poutine

L'Ukraine du président Viktor Ianoukovitch a perdu son indépendance face à Vladimir Poutine, a déclaré l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko dans une interview publiée samedi.

Elle demande son départ après le refus des autorités ukrainiennes de signer un accord d'association avec l'UE.

Le président ukrainien qui «n'a plus la liberté de prendre des décisions indépendantes» doit partir pour résoudre la crise sans précédent qui frappe le pays, en proie à une contestation sans précédent contre son régime, estime Mme Timochenko, ex-Premier ministre, dans un entretien à l'hebdomadaire «Dzerkalo Tyjnia».

«Quand l'opposition et les leaders du monde occidental négocient avec Ianoukovitch, ils doivent comprendre qu'ils négocient avec Poutine par un intermédiaire peu qualifié», a-t-elle lancé.

«Sur l'échiquier international, l'Ukraine n'est plus perçue comme un acteur indépendant. Après l'échec de la signature d'un accord d'association avec l'UE et d'autres événements humiliants, on nous considère comme un partenaire minoritaire de la Russie», a poursuivi Ioulia Timochenko.

Dépendance à vie

L'Ukraine est le théâtre d'une contestation sans précédent depuis la volte-face pro-russe du pouvoir fin novembre, au détriment d'un rapprochement avec l'Union européenne. La Russie, qui a encouragé Kiev à renoncer à l'association avec l'UE tout en l'invitant à rejoindre l'Union douanière d'ex-républiques soviétiques, a octroyé en décembre à l'Ukraine au bord d'un défaut de paiement un crédit de 15 milliards de dollars et un rabais important sur le prix du gaz.

«Je ne pense pas que dans la situation actuelle, Ianoukovitch peut prendre ses distances avec l'Union douanière contrôlée par Poutine. Sa dépendance est à vie», a déclaré encore Mme Timochenko. «Nos amis européens pensent qu'avec de longues négociations et des crédits, ils peuvent faire revenir Ianoukovitch sur la voie européenne. Ils se trompent parce que ce n'est pas Ianoukovitch qui décide, mais Poutine», a poursuivi l'opposante.

«Si Vladimir Poutine a dépensé 50 milliards de dollars pour les JO de Sotchi, il dépensera tout ce qu'il faudra pour (maintenir) l'Ukraine» (dans son orbite), juge encore Mme Timochenko.

Sanctions contre le régime

Selon elle, l'objectif actuel de l'opposition est de «donner un nouveau souffle à l'insurrection populaire» et d'envoyer ses représentants à Bruxelles et à Washington afin d'obtenir l'introduction de sanctions contre les représentants du régime responsables, selon elle, de la répression contre les opposants.

«Le seul sujet de négociations possible avec Ianoukovitch est son départ et les garanties de protection de sa famille. Je suis prête à participer à de telles négociations», a conclu Ioulia Timochenko.

Egérie de la Révolution orange en 2004 et adversaire de M. Ianoukovitch à la présidentielle de 2010, Mme Timochenko purge depuis 2011 une peine de 7 ans de prison pour abus de pouvoir. Son emprisonnement, dénoncé par l'opposition comme une «vengeance», a provoqué une grave crise entre Kiev et l'UE et sa libération était une condition pour la signature d'un accord d'association.

Evacuation de la mairie

L'opposition ukrainienne a laissé entendre samedi qu'elle allait évacuer la mairie de Kiev occupée par les manifestants, une concession majeure depuis le début de la contestation. La mairie, prise d'assaut début décembre et transformée en «QG de la révolution», est un lieu symbolique de la contestation.

Son évacuation est une condition clé pour l'application de la loi d'amnistie à l'égard de 234 manifestants qui ont été libérés, mais qui sont toujours inculpés de crimes passibles de peines allant jusqu'à 15 ans de prison.

Le parti nationaliste Svoboda qui contrôle la mairie «est prêt» à le faire «en quelques minutes, maximum en une demi-heure», a déclaré samedi le numéro deux de la formation Iouri Syrotiouk. «Le délai expire lundi (...) Nous voulons que cette décision soit approuvée par toutes les forces d'opposition», a-t-il ajouté. La décision pourrait être annoncée dimanche au cours d'une nouvelle grande manifestation sur la place Maïdan prévue à 11h00 (heure en Suisse). (ats)

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