Franc fort: L'industrie suisse des machines sort d'une année noire
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Franc fortL'industrie suisse des machines sort d'une année noire

Les chiffres d'affaires des entreprises de la branche ont chuté en 2015 de 7% sur un an. Un espoir de reprise subsiste en cas de stabilisation du cours de l'euro.

photo: Keystone/ARCHIVES

L'industrie suisse des machines a vécu une année noire en 2015, touchée de plein fouet par l'impact négatif du franc fort.

Les chiffres d'affaires des entreprises de la branche ont chuté de 7% sur un an. Un espoir de reprise subsiste en cas de stabilisation du cours de l'euro.

En ne considérant que le quatrième trimestre 2015, la baisse du chiffre d'affaires atteint même 7,3%. La dureté de l'environnement macroéconomique a touché tous les acteurs du secteur des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM), a indiqué lundi à Berne Peter Dietrich, directeur de l'association faîtière Swissmem.

La branche, qui compte 320'000 salariés malgré des effectifs qui ont fondu ces dernières années, a vu ses exportations reculer de 4,6% l'an passé à 63,1 milliards de francs. Les livraisons à destination de l'Union européenne (UE) ont diminué de 5,8%, alors que celles vers l'Asie se contractaient de 0,4% seulement.

Sans compter des marges en constante érosion. Ainsi, pas moins du tiers des entreprises de l'industrie des machines évoluent pour l'heure dans les chiffres rouges dans le domaine opérationnel, a répété Peter Dietrich.

Pas de désindustrialisation

Le président de Swissmem, Hans Hess, ne veut pas pour autant entendre parler de désindustrialisation, comme on l'entend souvent ici ou là. Il estime que la branche a affronté trop de vents contraires depuis 2008 et la crise financière internationale pour baisser les bras, a-t-il insisté.

Après la récession de 2009-2010, il a fallu composer avec le franc fort, l'euro touchant même la parité le 15 janvier 2015 avant de remonter autour de 1,10 franc actuellement. Depuis, les difficultés n'ont cessé, a rappelé Hans Hess pour qui les pouvoirs publics doivent intervenir en garantissant les conditions cadres.

Vers des mois difficiles

«Les entreprises vont être obligées de prendre des mesures drastiques et le changement de structure va coûter des emplois supplémentaires cette année. Nous en connaîtrons la véritable étendue qu'au début de l'année prochaine», a averti l'Alémanique, qui a récemment chiffré à 10'000 le nombre de postes perdus en 2015.

«Mais je suis persuadé que la majeure partie des entreprises trouvera une voie pour sortir de cette situation», a poursuivi Hans Hess. «Swissmem fera tout pour les soutenir». Le président Hess a remercié le Conseil fédéral de son soutien, notamment pour les 61 millions de francs débloqués récemment en faveur de l'innovation.

Miser sur la numérisation

Justement, à propos d'innovation, Hans Hess croit beaucoup dans les efforts à accomplir pour répondre aux défis posés par la numérisation, surtout dans le contexte du moment qui oblige à évoluer. «L'industrie y trouvera de nouvelles chances et de nouveaux potentiels de croissance».

Il s'agira aussi de dénicher les spécialistes qui tendent à faire défaut par les temps qui courent. A force d'entendre des mauvaises nouvelles, la branche devient moins attrayante pour les jeunes qui cherchent une formation.

Rejet de l'initiative de l'UDC

Au chapitre des bonnes nouvelles toutefois, Swissmem a relevé le rejet dimanche par le peuple de l'initiative de l'UDC sur les criminels étrangers, initiative dite de mise en oeuvre. Mais le chemin vers un accord avec l'UE reste encore parsemé d'embûches, a admis Hans Hess.

Les entrées de commandes donnent encore un tableau plus sombre de la situation. Pour le quatrième trimestre 2015, soit à fin décembre dernier, elles présentaient une chute de 13,4%. L'indice les mesurant a reculé à son deuxième plus bas niveau depuis dix ans, a précisé Peter Dietrich.

Espoir de reprise

Et la baisse des exportations s'est poursuivie en janvier, selon les données de l'Administration fédérale des douanes. Pour mémoire, le secteur MEM constitue la deuxième force exportatrice de la Suisse, derrière la pharma-chimie et devant l'horlogerie.

Pour l'année 2016, Swissmem laisse la porte ouverte à un certain optimisme. «Si les cours de change et l'évolution conjoncturelle ne se détériorent pas encore plus, nous pouvons nous attendre à une reprise de l'industrie MEM à moyen terme», a ajouté le directeur de la faîtière. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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