Décès d'un enfant à l'hôpital: L'infirmière est mise en examen
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Décès d'un enfant à l'hôpitalL'infirmière est mise en examen

L'infirmière qui a reconnu une erreur de traitement d'un petit garçon de trois ans décédé mercredi soir à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris a été mise en examen vendredi soir pour «homicide involontaire» par un juge d'instruction parisien et laissée en liberté sous contrôle judiciaire, a-t-on appris de source judiciaire.

Conformément aux réquisitions du parquet, son contrôle judiciaire lui interdit de se rendre à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul et d'entrer en contact avec les personnels, a-t-on précisé de même source. Le juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geoffroy du pôle de Santé publique y a ajouté une interdiction provisoire d'exercer son métier, selon la même source.

Le parquet de Paris a ouvert vendredi après-midi une information judiciaire visant nommément la jeune femme de 35 ans qui a «reconnu une erreur», apparemment dans l'administration d'un médicament, selon l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Selon les premiers éléments de l'enquête, le petit Ilyes, soigné pour une simple angine, est mort d'un arrêt cardiaque suite à une surdose de chlorure de magnésium, administré en perfusion à la place de vitamines.

Interrogé par «Le Parisien», le père de l'enfant a expliqué avoir lui-même pratiqué le bouche-à-bouche pour tenter de le ranimer. «Quand j'ai prévenu l'infirmière, elle m'a dit sur un ton sec de la laisser travailler. Mais j'ai entendu le râle, l'âme de mon fils partait. Quand ils ont compris que c'était grave c'était la panique», a-t-il raconté.

«Dans un hôpital du tiers monde, on l'aurait sauvé. Je veux juste la vérité pour que cela ne se reproduise plus», a-t-il souligné refusant de s'acharner sur l'infirmière. Les oncles de l'enfant refusent également que la soignante devienne un «bouc émissaire» et demandent que «toutes les responsabilités soient recherchées».

Le petit garçon, hospitalisé dans un service de pédiatrie générale, est décédé mercredi à 20h45. L'infirmière a été interpellée par les policiers de la Brigade de répression de la délinquance à la personne (BRDP) et placée en garde à vue.

Cette mesure a déclenché la colère des professionnels de la santé qui la jugent injustifiée. Le président de l'Association des médecins urgentistes (AMUF) Patrick Pelloux a même réclamé jeudi la démission de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot. «L'événement qui vient de se produire est suffisamment grave pour que la ministre en prenne toutes les conséquences et pose sa démission», a déclaré Patrick Pelloux sur France Info.

«Je réfute absolument l'agitation médiatique et l'exploitation politique honteuse qui (sont) faites du drame d'une famille, ce n'est vraiment pas convenable», lui a répondu la ministre vendredi sur RTL. «Bien sûr notre système hospitalier a besoin de réformes profondes» mais «il ne faut pas exploiter ce drame épouvantable à des fins politiques», a insisté la ministre qui a diligenté une enquête interne pour faire la lumière «sur toute la chaîne d'organisation».

D'autres organisations, tout en exprimant leur compassion à la famille de l'enfant, ont aussi dénoncé à l'occasion de ce drame la politique du gouvernement à l'égard des hôpitaux.

Le Syndicat national des praticiens hospitaliers, anesthésistes réanimateurs (SNPHAR) a ainsi pointé dans un communiqué la restriction des moyens et en particulier «la suppression massive de personnel» à l'hôpital. «En médecine comme ailleurs, l'erreur médicale reste toujours possible», note le syndicat, mais il ne peut être réduit «que grâce à des conditions de travail permettant une sérénité professionnelle».

La secrétaire nationale du Parti socialiste chargée de la santé Mireille Le Corre, a estimé que «par sa politique de restriction des moyens, le gouvernement prend le risque de mettre en péril l'hôpital public». Le maire de Paris Bertrand Delanoë a lui jugé dans un communiqué que «cette tragédie confirme la nécessité de renforcer les conditions de fonctionnement de l'hôpital public».

Interrogée sur France Info, Roselyne Bachelot a dénoncé «des polémiques sur un prétendu manque de moyens qui ne sont pas du tout vérifiées par les faits», et précisé que l'enfant était hospitalisé dans «un service qui avait les moyens de fonctionner» et «présentait des ratios de personnel très importants».

Philippe Juvin, secrétaire national de l'UMP, a jugé «scandaleux que certains instrumentalisent le malheur des autres pour des raisons politiciennes». Lier ce drame à un manque de moyens constitue une «tentative de récupération (...) indigne», a-t-il accusé. (ap)

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