Démission en Allemagne: L'influence des blogs sur la chute du président
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Démission en AllemagneL'influence des blogs sur la chute du président

La démission surprise du président allemand Horst Köhler illustre le rôle grandissant des blogueurs.

Ces commentateurs en ligne ont lancé la polémique sur ses déclarations semblant lier opérations militaires à l'étranger et défense des intérêts économiques.

L'interview à la radio publique le 22 mai de M. Köhler, qui a démissionné lundi, était largement passée inaperçue.

Mais pas de Jonas Schaible (http://beim-wort-genommen.de), un étudiant allemand de 20 ans, qui a matraqué les médias d'un message leur demandant pourquoi ils avaient accordé si peu de place à ces déclarations.

De leur côté, plusieurs blogueurs reprennent les propos et s'en émeuvent, à l'instar de Stefan Graunke (www.unpolitik.de), bien loin alors de s'imaginer la tempête qui va suivre.

Tous ou presque refusent aujourd'hui de répondre de vive voix aux journalistes. «J'ai refusé les demandes d'interview parce que je ne me vois pas comme la figure de proue d'un mouvement, mais tout simplement comme une partie d'un réseau», écrit ainsi M. Graunke de Cologne (ouest), mercredi sur son blog.

Influence limitée

«Non je n'ai pas renversé Horst Köhler. (...) De même ce ne sont pas tous les blogueurs d'Allemagne qui ont renversé Horst Köhler. Pour ce faire, la blogosphère a toujours une influence et une importance trop limitées», écrit de son côté Jonas Schaible, étudiant à Tübingen (sud).

«Un blogueur avec 1.000 lecteurs par mois a renversé le président? Ca sonne bien, certes, mais, s'il-vous-plaît, qui croit cela?», ajoute-t-il.

Il n'empêche: ce sont notamment ses courriels à de nombreuses rédactions qui ont alerté des médias établis.

«C'est Jonas Schaible qui nous a aiguillé vers les propos contestés de Köhler, en écrivant sur son blog et en twittant à la rédaction. Merci», écrit ainsi Kirsten Haake, journaliste au site Internet du prestigieux hebdomadaire «Die Zeit».

Effet boule de neige

La polémique a ensuite fait boule de neige, via les canaux classiques: «grands» médias, qui font réagir des responsables politiques, dont certains ont vivement critiqué le président.

«Internet n'est pas responsable de la démission de M. Köhler. Son retrait est lié au manque de respect qu'il a vu dans les déclarations des hommes politiques, pas dans les blogs, qu'il n'a sans doute même pas lus», explique à l'AFP Jan-Hinrik Schmidt, professeur spécialisé dans les médias à l'Université de Hambourg (nord).

Une part de l'opinion publique

«Mais ce qui est intéressant, c'est l'aller-retour entre les blogs et les médias établis, qui montre qu'un thème oublié peut ressurgir et que les erreurs des journalistes, pris par un flot permanents de sujets possibles, peuvent être corrigées. La blogosphère est devenue une part de l'opinion publique», ajoute-t-il.

«C'est aussi une nouvelle expérience pour les blogueurs que les médias traditionnels regardent précisément les blogs», explique de son côté, dans un email à l'AFP, Felix von Leitner, lui aussi parmi les premiers à avoir publié un post sur les déclarations de M. Köhler (http://blog.fefe.de/).

Mais les blogueurs n'accusent pas. Ils prennent de plus en plus de place, «non pas parce qu'ils veulent à tout prix chasser les médias établis, mais parce que le journalisme classique est de moins en moins en mesure d'assurer seul sa mission», écrit ainsi M. Graunke. «Avec de nombreux yeux on voit tout simplement mieux».

(ap)

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