Revenu de base inconditionnel: L'initiative a été rejetée massivement à 76,9%
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Revenu de base inconditionnelL'initiative a été rejetée massivement à 76,9%

Le revenu de base inconditionnel (RBI) n'a pas su convaincre les Suisses, ce dimanche 5 juin.

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cht/nxp

L'idée d'un revenu de base versé à tous n'a pas du tout séduit les Suisses. Ils ont été 76,9% à rejeter dimanche cette initiative populaire lancée par un comité de citoyens sans appartenance politique. Tous les cantons ont largement enterré le texte, qui n'a eu que quelques soutiens à gauche.

Les opposants au revenu de base inconditionnel (RBI) évoquent une «claque». Ses défenseurs ne le voient pas du même oeil: ils estiment avoir remporté une «victoire d'étape» qui a permis de faire connaître le revenu universel.

«Une personne sur cinq a voté pour le RBI»

«On est très contents», a déclaré dimanche à l'ats Ralph Kundig, coordinateur romand des initiants, rappelant que ces derniers sont partis de très loin. Pour Sergio Rossi, professeur d'économie membre du comité de soutien, il faut voir le verre à moitié plein. «Une personne sur cinq a voté pour le RBI, il s'agit déjà d'un succès».

L'initiative «Pour un revenu de base inconditionnel» voulait offrir à l'ensemble de la population la possibilité de mener une existence digne et de participer à la vie publique. La Confédération aurait dû instaurer un revenu de base, versé sans contrepartie à chacun dès la naissance. Les étrangers y auraient aussi eu droit, moyennant un délai de résidence à définir.

Tôt ou tard

L'important, au-delà du vote, est que les citoyens commencent à réfléchir à la proposition, «une idée qu'il faudra tôt ou tard mettre en oeuvre», d'après Sergio Rossi. Il y a d'ailleurs une dynamique favorable, remarque Ralph Kundig: «Nous savons que certains partis ont prévu des séances de travail sur le sujet», se réjouit-il. Membre du comité d'initiative, Daniel Häni se dit aussi «positivement surpris», lui qui tablait sur 15% des voix.

Le montant du revenu de base n'était pas fixé dans le texte. Les initiants, dont l'ancien vice-chancelier de la Confédération Oswald Sigg, proposaient 2500 francs par mois pour adultes et 625 francs pour les moins de 18 ans.

Le projet devait compenser les emplois qui disparaîtront ces 20 prochaines années à cause du développement technologique. Selon l'Office fédéral des assurances sociales, un revenu de base pour tous aurait coûté au total 208 milliards de francs.

Expérimentation dangereuse

Seuls les Verts et quelques socialistes ont soutenu ce texte qui a plutôt embarrassé les syndicats. Le PS craignait que le revenu de base ne se transforme en dumping salarial généralisé. De l'avis du Conseil fédéral, l'idée était «généreuse mais utopique».

Le comité interpartis opposé au revenu universel a évoqué «une dangereuse expérimentation» qui met en jeu des valeurs suisses comme le travail et la responsabilité individuelle. Des craintes partagées par 1,8 million de Suisses qui ont glissé un «non» dans l'urne, alors que 568'900 citoyens ont dit «oui». Tous les cantons ont largement rejeté le texte.

«La plupart des citoyens ne sont pas prêts à une expérimentation aussi radicale»

«C'est une sacrée claque», a estimé Yannick Buttet, membre du comité interpartis. Les problématiques soulevées par l'initiative étaient légitimes, mais la solution n'était pas réaliste. Le revenu de base est maintenant enterré, «une bonne nouvelle» pour le conseiller national (PDC/VS).

Selon Susanne Leutenegger Oberholzer, également membre du comité interpartis, ce rejet clair montre que la population ne veut pas se lancer dans une expérience avec les assurances sociales. La conseillère nationale (PS/BL) estime que les questions importantes, notamment le mode de financement et le montant du revenu de base, étaient floues.

D'après le conseiller national Marcel Dobler (PLR/SG) «la plupart des citoyens ne sont pas prêts à une expérimentation aussi radicale». Un cinquième des votes représente un très faible soutien, note le membre du comité interpartis, content que l'idée soit enterrée.

Romands moins hostiles au RBI

L'opposition la plus forte est venue du demi-canton d'Appenzell Rhodes-Intérieures, avec 87,4% de «non». Les moins hostiles ont été les Bâlois de la ville (64%), talonnés par les Jurassiens (64,2%). Suivent les cantons de Genève (65,3%), Neuchâtel (68,8%), Vaud (75,3%), Fribourg (75,9%), Berne (77,1%), le Tessin (78,1%) et le Valais (80,8%).

Plusieurs communes de Suisse acceptent le RBI

Si le revenu de base inconditionnel (RBI) a été nettement refusé au niveau national, des arrondissements de Zurich l'ont accepté. A Genève et dans le Jura, des quartiers et communes ont aussi voté pour le revenu universel.

Dans la capitale économique de la Suisse, les citoyens résidant dans les Kreis 4 et 5 ont plébiscité l'initiative populaire, avec 54,7% des bulletins. Ceux du Kreis 3 l'ont rejetée, mais le taux d'acceptation est bien plus élevé que la moyenne nationale, avec 44% de oui. A Genève, quatre quartiers ont voté en faveur du RBI. Les citoyens des Pâquis l'ont accepté à 54,6% des voix, ceux de Mail-Jonction à 52,8%, ceux de la Cluse-Roseraie à 51% et ceux de Prairie-Délice à 50,6%.

Dans le canton du Jura, le revenu universel a aussi fait des adeptes: les citoyens de Courroux l'ont soutenu à 64,7% et ceux du Bémont à 66,7%. Dans le canton de Vaud, la petite commune de Sarzens a voté à 51,4% pour le RBI (18 oui contre 17 non). A noter que les habitants de la ville de Berne se sont prononcés en faveur du revenu de base inconditionnel à plus de 40% des voix.

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