Actualisé

Sur fond de criseL'instabilité politique s'ajoute aux difficultés économiques en Ukraine

Frappée de plein fouet par la crise économique, l'Ukraine souffre également d'une instabilité politique très préjudiciable.

Pourtant, malgré les difficultés, la situation semble moins préoccupante que par le passé: une page s'est tournée.

Après des années de forte croissance permettant aux Ukrainiens de consommer et de s'endetter, la gifle fait mal. Le coeur sidérurgique du pays souffre et licencie, la monnaie (Hryvnia) s'est effondrée et une douzaine de banques sont passées sous le contrôle de l'Etat avec impossibilité de retirer son épargne.

Pour beaucoup d'Ukrainiens, leurs emprunts en devises étrangères font aujourd'hui très mal. Ils doivent rembourser le double, explique un jeune avocat de Kiev, Yuriy Rylach. «Les cinq dernières années, la pauvreté se réduisait. Et quand on s'habitue à un certain standing, il est difficile d'y renoncer».

Résurgence

«Les gens ont le sentiment d'être mis à la pauvreté et cela crée des tensions», poursuit l'homme de loi. Le vendredi 3 avril, une scène plus vue depuis longtemps s'est déroulée au centre de la capitale, sur la place de l'Indépendance célèbre pour la Révolution orange de 2004.

Quelque 20 000 manifestants, la plupart assez âgés, favorables au communiste Viktor Ianoukovitch ont réclamé le départ du président Viktor Iouchtchenko, de la première ministre Ioulia Timochenko et la tenue d'élections générales anticipées. La vie est «assez difficile», reconnaît Yuriy Rylach qui mentionne également le score record d'un parti d'extrême-droite à un récent scrutin régional.

Un autre temps

Mais l'avocat refuse de dramatiser et juge que l'Ukraine a définitivement changé d'époque. «En 1990, c'était bien pire que maintenant, avec une hyperinflation qui faisait doubler le prix du pain dans la journée». Il reconnaît cependant que le pays vit toujours des contrastes extrêmes: «Ma mère reçoit 60 euros (92 francs) de retraite», concède-t-il alors que Kiev semble parcourue à toute vitesse par les voitures les plus chères du marché, noires de préférence avec vitres teintées.

L'ambassadeur de Suisse Georg Zubler, 60 ans, corrobore cette impression d'un pays tiraillé, aux antagonismes violents mais avec «un fort potentiel». Les effets de la crise sont «extrêmement graves» et les échanges économiques avec la Suisse ont fondu, alors qu'ils avaient pour ainsi dire triplé de 2004 à 2008 (de 50 à 144 millions de francs pour les importations, de 229 à 627 millions pour les exportations).

Le fléau de la corruption

L'ambassadeur ne cache pas les difficultés persistantes pour les investisseurs. Il faut partir de l'idée que l'aventure est risquée et que le partenaire ukrainien doit avoir de bonnes relations. En clair, la corruption est un fléau véritable: «Vous pouvez vous acheter un jugement», déplore Georg Zubler.

Les relations avec la Suisse sont «très bonnes» mais «pas très intenses», admet le diplomate qui doit garder un oeil sur les 2000 visas pour danseuses de cabaret sollicités chaque année. Pour apaiser les conflits politiques internes, il verrait bien une solution «à la Suisse» misant sur la neutralité.

Bagarre sans merci

Georg Zubler estime qu'»une certaine équidistance» entre les influences russe et occidentale pourrait préserver l'Ukraine. Mais il ne se fait pas d'illusions: aujourd'hui c'est la bagarre continuelle en vue de l'élection présidentielle agendée en principe en janvier prochain, avec son cortège de blocages institutionnels et d'alliances de circonstance.

La cause du président s'est effondrée et même l'étoile de la première ministre pâlit de plus en plus. L'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN ne semble plus du tout intéresser la population, alors que l'Union européenne reste «floue» hormis dans sa pratique des visas jugée «humiliante».

Des personnages extraordinaires

Dans le sombre tableau d'un pays malmené par la crise et aux inégalités sociales criantes, des figures frappent. Patron du géant céréalier Nibulon à Nikolaïev, Oleksiy Vadaturskyy se bat, pense qu'il pourrait doubler sa production.

Il investit dans les écoles des quartiers défavorisés, plaide, agit pour le développement de son pays et peste contre l'incurie de ses dirigeants. La crise? «C'est le moment d'investir, on est beaucoup mieux préparé qu'avant, la compagnie est assainie. L'Ukraine, une aventure risquée? Question absurde!», s'amuse Oleksiy Vadaturskyy.

(ats)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!