Actualisé 25.05.2018 à 10:35

RéférendumL'Irlande aux urnes pour trancher sur l'avortement

Pour ou contre la libéralisation de l'avortement? Les Irlandais votent ce vendredi depuis 8 heures par un référendum sur une modification de la Constitution.

La législation actuelle en Irlande reste l'une des plus restrictives d'Europe.

La législation actuelle en Irlande reste l'une des plus restrictives d'Europe.

AFP

Près de 3,5 millions d'Irlandais sont appelés à se prononcer, vendredi, pour ou contre la libéralisation de l'avortement dans un référendum historique pour ce pays de tradition catholique qui avait massivement voté pour le mariage homosexuel en 2015.

Les bureaux de vote ouvrent de 8h00 à 23h00 suisses avec interdiction de faire campagne à proximité des écoles où se déroule le scrutin, même si les accessoires devenus tendance tels que les badges et les pulls promouvant l'un ou l'autre camp sont tolérés.

Légère avance pour le oui

Au terme d'une campagne achevée dans une certaine tension entre partisans et opposants de l'avortement, le «Oui» à la suppression de l'interdiction constitutionnelle de l'IVG semblait en tête des intentions de vote, malgré une participation difficile à estimer et un nombre élevé d'indécis.

Tous les récents sondages donnent le oui en tête, avec de 56 à 58%, mais les quelque 14 à 17% d'indécis peuvent encore changer la donne. «Le résultat du référendum n'est pas couru d'avance», soulignait récemment le journal The Irish Times.

Toutefois, les autorités ont enregistré un nombre important de nouveaux inscrits sur les listes électorales, avec plus de 118.000 demandes d'ajout cette année, signe de l'intérêt pour ce vote.

La mobilisation de l'électorat a été l'un des grands axes des militants anti et pro-avortement, les premiers tablant sur un sursaut de l'Irlande rurale, tandis que les seconds ont fortement encouragé les jeunes à s'inscrire et à voter.

Légalisation du mariage homosexuel

Cette consultation intervient trois ans après la légalisation, également par référendum, du mariage homosexuel, qui avait provoqué un séisme culturel dans ce pays de 4,7 millions d'habitants.

Elle traduit le déclin de l'influence de l'Eglise catholique, autrefois si puissante mais aujourd'hui érodée par les bouleversements économiques et sociaux. L'institution religieuse paie aussi le prix des affaires de pédophilie impliquant des prêtres, parfois couvertes par des responsables ecclésiastiques.

Selon le Pr Diarmaid Ferriter, de l'University College Dublin, les mentalités ont profondément évolué depuis 1983. «A l'époque, le débat était dominé par des voix plus âgées, masculines, et l'Eglise se trouvait manifestement dans une position beaucoup plus puissante qu'aujourd'hui», dit-il à l'AFP. «Le profil des militants des deux côtés est bien plus jeune aujourd'hui».

Tentatives infructueuses

Le combat des pro-avortement a pris le visage d'Amanda Mellet, contrainte de partir au Royaume-Uni pour se faire avorter d'un foetus présentant une malformation mortelle.

S'estimant victime de la législation irlandaise, elle avait saisi la Commission des droits de l'Homme des Nations unies, qui lui a donné raison. Dublin a fini par lui accorder un dédommagement de 30'000 euros.

«Il y a eu des tentatives pour changer la loi (...) pour les situations de malformation foetale mortelles, mais elles n'ont pas abouti», a expliqué à l'AFP Amanda Mellet. Pour elle, seul un «changement constitutionnel» pourrait changer la donne.

Les anti-IVG («pro-life») critiquent de leur côté les mesures qui pourraient suivre: avortements sans condition jusqu'à douze semaines de grossesse, et jusqu'à 24 semaines pour raisons de santé. Pour Cora Sherlock, porte-parole de la «Pro Life Campaign», le pro-life«) critiquent de leur côté les mesures qui pourraient suivre: avortements sans condition jusqu'à douze semaines de grossesse, et jusqu'à 24 semaines pour raisons de santé. Pour Cora Sherlock, porte-parole de la «Pro Life Campaign», le référendum reste «gagnable, parce que les gens ne veulent pas d'un avortement à la carte».

Appel à la »rébellion«

Dernièrement, le ton est monté entre les deux camps. Le premier ministre a dénoncé l'emploi d'images de personnes trisomiques par le camp anti-avortement, une «nouvelle tentative» selon lui des partisans du «non» de salir le débat et de créer la confusion».

Des professionnels de la médecine prenant position dans le débat ont été assaillis de critiques. Des pro-avortement ont appelé à «la rébellion» contre les grands médias nationaux et une majorité des députés, accusés d'être de mèche avec le camp pro-IVG.

Les réseaux sociaux ont également joué un rôle central dans la campagne référendaire.

Le camp du «oui» a appelé les Irlandais de l'étranger à rentrer au pays pour voter. Pour limiter les risques de manipulation sur internet, Google et Facebook ont annoncé le blocage des publicités électorales financées par des groupes étrangers. (nxp/ats/afp)

(NewsXpress)

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