Actualisé 14.05.2015 à 21:28

BurundiL'issue du putsch toujours incertaine

Au lendemain d'une tentative de coup d'Etat au Burundi, la situation restait confuse jeudi soir.

Forces putschistes et loyales au président Nkurunziza se sont affrontées pour le contrôle stratégique de la radio nationale. Le chef de l'Etat serait rentré de Tanzanie.

Au moins trois militaires sont morts jeudi dans ces affrontements, à un kilomètre du site de la Radio et Télévision nationale burundaise (RTNB). Un blindé y était également embouti dans un caniveau et le sol était jonché de douilles, signe de la violence des combats.

Les hommes réunis derrière le général putschiste Godefroid Niymbare, ex-compagnon d'armes de Nkurunziza, ont tenté à deux reprises, en vain, de s'en prendre aux forces d'élite postées autour de ce bâtiment symbole du pouvoir. La première offensive a été lancée à l'aube, la seconde en début d'après-midi.

L'offensive de l'après-midi a duré deux bonnes heures. Les putschistes n'ont pas pu venir à bout de leurs adversaires. Le directeur général de la RTNB a annoncé l'échec de l'offensive sur ses ondes, assurant que la situation était «maîtrisée» et que «ce sont toujours les soldats loyalistes qui contrôlent la RTNB».

La radio a aussi rediffusé un message téléphonique de Pierre Nkurunziza, bloqué en Tanzanie, largement inaudible. La voix du chef de l'Etat est reconnaissable. Jeudi soir, la présidence burundaise a affirmé que le chef de l'Etat était de retour au Burundi, sans donner plus de détail «pour des raisons de sécurité».

Radios muettes

Le contrôle de la RTNB est crucial. D'autant que les trois principales radios privées du pays (la très populaire RPA, Radio Bonesha et Insaganiro) et la principale télévision indépendante, Télé Renaissance, qui diffusaient les messages des putschistes n'émettent plus. Elles ont été elles-mêmes attaquées, selon leurs patrons, par des forces pro-Nkurunziza.

Les radios indépendantes étaient dans le collimateur du gouvernement depuis le début des manifestations le 26 avril contre un troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Celles-ci ont débouché sur la tentative de coup d'Etat de mercredi.

La société civile et une partie de l'opposition mènent la contestation contre cette candidature qu'elles jugent inconstitutionnelle. Mais l'idée d'un troisième mandat du sortant, déjà élu en 2005 et 2010, divisait aussi déjà depuis des mois jusqu'au sein de son parti, le Cndd-FDD.

Homme de dialogue

Personnalité respectée, considéré comme un homme de dialogue, le général Niyombare est d'ailleurs, comme Pierre Nkurunziza, issu de la rébellion hutu qu'était le Cndd-FDD pendant la sanglante guerre civile (1993-2006).

Après le conflit, il était devenu chef d'état-major adjoint, puis chef d'état-major de l'armée. Nommé en décembre 2014 à la tête du Service national de renseignements (SNR), il avait été limogé trois mois plus tard, après avoir déconseillé au président de briguer un troisième mandat.

Calme dans la capitale

Vingt-quatre heures après l'annonce de la destitution de Pierre Nkurunziza par le général Niyombare, ex-patron des services de renseignements, il était toujours impossible de dire qui détenait le pouvoir à Bujumbura.

Le camp putschiste a affirmé contrôler la quasi-totalité de la capitale, dont l'aéroport, également revendiqué par le camp loyaliste, qui, en plus de la RTNB, gardait toujours la présidence. Des policiers déployés dans le centre de Bujumbura refusaient de dire à qui ils obéissaient.

Appels au calme

La communauté internationale a multiplié les appels à la retenue depuis mercredi. Le Conseil de sécurité a condamné jeudi la tentative de coup d'Etat. Les Nations unies ont annoncé que plus de 70' 000 personnes avaient fui vers des pays voisins pour échapper aux violences.

Jeudi soir, les Etats-Unis ont affirmé que Pierre Nkurunziza demeure le président «légitime» de ce pays d'Afrique des Grands Lacs. Washington a renouvelé son appel au calme lancé la veille par la Maison Blanche. (ats)

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