Affaire Kadhafi: L'Italie pose un ultimatum à la Suisse
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Affaire KadhafiL'Italie pose un ultimatum à la Suisse

L'Italie hausse le ton face à la Suisse dans la crise des visas liée à l'affaire Kadhafi.

Le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini a haussé le ton.

Le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini a haussé le ton.

Si aucun accord n'est trouvé entre Berne et Tripoli d'ici le 5 avril, Rome présentera une proposition visant à permettre à la Libye de passer outre l'opposition helvétique à l'octroi de visas Schengen.

Cette initiative devrait être présentée par l'Italie, l'Espagne, le Portugal et Malte lors de la prochaine réunion des ministres des affaires étrangères de l'UE le 22 mars, a déclaré le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini, à l'issue d'un «long» entretien avec le premier ministre libyen Al Baghdadi El-Mahmoudi à Tripoli.

Un nouveau règlement concernant l'octroi de visas Schengen doit entrer en vigueur le 5 avril. Il prévoit la possibilité d'émettre des visas à «territorialité» limitée à un certain nombre de pays membres de l'Espace Schengen, a dit M. Frattini à l'agence ANSA. Chaque pays pourra ainsi émettre un visa qui sera valable pour son territoire et pour les autres pays adhérant à cette initiative.

Dans ce contexte, si la crise «n'est pas résolue d'ici au 4 avril, l'Italie proposera à tous les autres pays de Schengen» d'attribuer des visas aux personnalités libyennes, même si la Suisse «continue à s'y opposer».

«Indignation» de Kadhafi

«Il n'est pas possible que les membres d'une délégation libyenne qui négocient des accords avec l'UE soient inscrits sur la liste noire helvétique», a déclaré le ministre italien, dont le pays entretient des relations étroites avec le régime de Tripoli. Cette mesure permettra de «résoudre immédiatement» le problème de l'attribution des visas d'entrée en Libye, a-t-il ajouté.

Durant cette rencontre, les Libyens ont souligné la «profonde indignation» du leader libyen Mouammar Kadhafi d'avoir été inscrit sur la liste noire. M. El-Mahmoudi a également fait état d'une proposition d'accord transmise par la présidence espagnole de l'UE la semaine passée.

«Malgré ces tentatives, la Suisse adopte un comportement qui ne répond pas aux finalités de Schengen, qui vise à interdire l'entrée des terroristes et des criminels en Europe, et pas à exercer des pressions pour résoudre des crises diplomatiques bilatérales», a martelé M. Frattini, qui avait déjà par le passé accusé la Suisse de «prendre en otage» les Etats de l'Espace Schengen.

Le Département fédéral des affaires étrangères, interrogé par l'ATS, n'a pas souhaité commenter ces propos.

L'état de santé de Max Göldi se détériore

Franco Frattini a par ailleurs assuré que Tripoli ne «s'opposerait pas» à des solutions, même rapides, dans le cas de Max Göldi. Le dossier de l'otage suisse retenu en Libye depuis plus de 600 jours sera examiné par la justice «sans a priori négatifs», a-t- il dit, affirmant avoir reçu des «assurances» en ce sens de M. El- Baghdadi.

Max Göldi a été condamné à quatre mois de prison pour séjour illégal. Une demande de grâce, déposée par son avocat, n'a pas encore été examinée. Une procédure de recours, également engagée, pourrait durer plusieurs semaines voire plusieurs mois.

L'état de santé du ressortissant suisse s'est détérioré depuis qu'il a été emprisonné il y a trois semaines. L'incertitude sur la durée de sa détention est un des facteurs qui pèse sur la santé du Suisse, a indiqué à l'ATS un porte-parole d'Amnesty International (AI), Daniel Graf.

Il y a trois semaines, M. Göldi considérait son transfert en prison comme une étape intermédiaire et comptait sur un retour rapide en Suisse. Son compagnon d'infortune Rachid Hamdani, avec qui il avait été retenu un an et demi en Libye, avait d'ailleurs pu quitter le pays pour retrouver sa famille sur les bords du lac Léman.

Dimanche, son avocat Saleh Zahaf avait déjà fait savoir que son client était dans un état psychologique «très mauvais», appelant les autorités helvétiques à intervenir avec «diligence». (ats)

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