Proche-Orient: L'offensive à Gaza place Mahmoud Abbas dans une situation difficile
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Proche-OrientL'offensive à Gaza place Mahmoud Abbas dans une situation difficile

L'offensive israélienne sur la bande de Gaza place le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans une situation extrêmement inconfortable, voire impossible.

Le Hamas pourrait, lui, bénéficier d'une radicalisation des Palestiniens.

A première vue, l'affaiblissement du Hamas sous l'effet des bombardements israéliens pourrait sonner comme une bonne nouvelle pour Mahmoud Abbas et le Fatah. Et certains de ses membres espèrent certainement profiter de la déroute du mouvement islamiste pour retrouver des responsabilités dans la bande de Gaza.

Impossible

Mais en réalité, pris entre ses engagements de paix avec Israël et la colère croissante du peuple palestinien, Mahmoud Abbas dispose d'une marge de manoeuvre très étroite. «Il se retrouve dans une situation impossible», estime un diplomate occidental. «Il n'a aucune option valable.»

Mahmoud Abbas a ainsi tenté de ménager des intérêts contradictoires dès le début de la crise. Tout en qualifiant les raids israéliens de «criminels», il a accusé le Hamas d'avoir provoqué l'Etat juif en intensifiant les tirs de roquettes.

Incompris

Sa position est en adéquation avec celles du Caire et de Washington mais incomprise par une majorité de Palestiniens. Ils considèrent Israël comme responsable de la rupture de la trêve, estime le député indépendant Moustafa Barghouti.

Deux jours après le lancement de l'offensive, le président palestinien a tendu la main au Hamas pour organiser une réunion d'»unité». Mais son geste a été repoussé par les islamistes.

Indécis

Selon certains analystes, la crise à Gaza dévoile un Mahmoud Abbas discret et indécis alors même qu'il s'apprête à convoquer de nouvelles élections législatives et présidentielle. Celles-ci ne devraient pas avoir lieu avant un moment étant donné l'opposition du Hamas. «Le peuple palestinien se demande: où est-il?, que fait- il?», affirme Zakaria al Kad de l'Université al Qods.

Pour son conseiller Saeb Erekat, la position du président est pourtant simple. «Depuis le début, il a lancé une campagne ininterrompue pour faire cesser les attaques à Gaza. C'est la seule chose qui le préoccupe.»

Inquiétude

Parmi les responsables occidentaux, on s'inquiète de l'avenir du président palestinien. Il est le tenant d'une alternative de paix face à la violence promue par le Hamas et, que des élections aient lieu ou pas, personne ne sait qui lui succédera.

Pour Abdoullah Abdoullah, député du Fatah, les Palestiniens modérés ont tout à perdre des événements actuels qui ne peuvent entraîner qu'une radicalisation des esprits favorable au Hamas.

Sympathie

Alors que la colère populaire monte à mesure que le bilan s'alourdit, Abdoullah pense que le «soutien du peuple en faveur de la paix va diminuer». Selon lui, «le Hamas va gagner des appuis à l'extérieur de Palestine et de la sympathie en Palestine».

La tension est ainsi déjà vive en Cisjordanie entre les forces de sécurité de l'Autorité palestinienne et les factions islamistes. Dimanche à Hébron, bastion du Hamas, les forces d'Abbas ont blessé par balles trois hommes manifestant contre l'offensive israélienne à Gaza. A Bethléem, elles ont dû s'interposer pour repousser des manifestants qui jetaient des cocktails Molotov contre un mirador israélien.

Un responsable du Fatah dans la bande de Gaza résume ainsi la situation d'Abbas. «Il est pris entre deux feux: son peuple et ses engagements de paix. Quel dilemme!»

(ats)

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