Viols en RDC: L'ONU dénonce des crimes contre l'humanité

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Viols en RDCL'ONU dénonce des crimes contre l'humanité

Les viols de centaines de personnes l'an dernier dans l'est de la RDC pourraient constituer des crimes contre l'humanité, selon l'ONU qui dénonce la complaisance envers les auteurs des crimes.

Une femme violée à Niakele, au sud-est de la province du Kivu. 248 femmes auraient été violée dans ce village.

Une femme violée à Niakele, au sud-est de la province du Kivu. 248 femmes auraient été violée dans ce village.

Dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu, plus de 387 personnes ont été violées entre le 30 juillet et le 2 août 2010, dans treize villages sur l'axe Kibua-Mpofi. En outre, 116 personnes ont été enlevées et 965 maisons et magasins pillés par une coalition de groupes armés.

Sur les 387 victimes de viols, il y avait 200 femmes, 23 hommes, 55 filles et 9 garçons, a précisé le bureau des Nations Unies aux droits de l'homme en République démocratique du Congo (RDC).

«Du fait que ces attaques ont été planifiées à l'avance et menées de manière systématique et ciblée, elles pourraient constituer des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre», ont conclu les enquêteurs de l'ONU dans leur rapport.

L'ONU attribue ces violences à un groupe de 200 hommes, composé de rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), de milices Maï-Maï et d'éléments du colonel rebelle Emmanuel Nsengiyumba.

Au cours de l'enquête, des sources fiables ont donné des preuves de la complicité de certains officiers des forces armées de RDC (FARDC) avec ces groupes armés dans le trafic de minerais.

Manque de progrès

La Haut Commissaire aux droits de l'homme Navi Pillay a affirmé que le manque de progrès dans les enquêtes officielles et les poursuites judiciaires contre les auteurs de ces crimes constitue un obstacle sérieux pour dissuader de nouvelles violations.

«Les enquêteurs ont appris que la plupart des viols commis avec une agressivité ignoble par des groupes armés, ont été perpétrés en présence des enfants des victimes et d'autres membres de leurs familles et communautés», a déclaré Mme Pillay, citée dans un communiqué.

«Depuis les attaques de Walikale, il y a eu plusieurs autres cas de viols et autres types de violences sexuelles qui ont été systématiquement utilisés comme armes de guerre et représailles par des groupes armés», a déploré la Haut Commissaire.

L'ONU demande au gouvernement de poursuivre ses efforts pour traduire les auteurs de ces actes devant la justice. Il doit aussi veiller à ce que les victimes et les témoins soient protégés, étant donné le risque élevé de représailles.

Punir la population

Selon les témoignages et informations recueillis auprès de diverses sources, le mobile de ces attaques était de punir et d'asservir la population locale. Les assaillants la considéraient comme des «traîtres» ayant collaboré avec les forces gouvernementales.

Le rapport souligne que le nombre réel de victimes pourrait être encore plus élevé. Plusieurs ont préféré garder le silence en raison de l'insécurité qui prévaut dans la région, de peur d'être stigmatisées et abandonnées par leurs familles et du manque de prise en charge médicale appropriée.

L'auditorat militaire auprès la Cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu a ouvert une enquête judiciaire sur ces violations et réalisé plus de 150 entretiens avec des victimes et des témoins. Cette enquête a été plus tard suspendue en raison de préoccupations concernant la protection des victimes et a abouti à une seule mise en accusation.

La plupart des victimes «semblaient profondément traumatisées des mois après les événements», indique le rapport de l'ONU. Elles n'auraient toujours pas reçu l'assistance médicale nécessaire.

Le rapport souligne aussi les difficultés rencontrées par l'équipe de la Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en RDC (MONUSCO), basée à Kibua, dans l'accomplissement de son mandat de protection des civils.

Depuis, la MONUSCO a augmenté le nombre de ses bases opérationnelles dans les zones touchées et a amélioré sa logistique. Mais elle continue de manquer de moyens, constate la Haut Commissaire. (ats)

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