France: L'ONU nie avoir voulu étouffer l'affaire

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FranceL'ONU nie avoir voulu étouffer l'affaire

L'ONU a nié vendredi avec vigueur avoir voulu étouffer l'affaire des abus sexuels qui auraient été commis par des soldats français en Centrafrique.

Le Haut Commissariat a suspendu l'un de ses fonctionnaires parce qu'il n'a pas respecté les règles de procédure internes.

Cette sanction administrative a soulevé des critiques. Une page a été ouverte sur Facebook «Osons soutenir Anders Kompass», du nom du fonctionnaire suédois, directeur des opérations du Haut Commissariat aux droits de l'homme à Genève, mis en congé payé. Plusieurs ONG ont protesté contre cette mesure disciplinaire.

Le président de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) Yves Berthelot a ainsi déclaré vendredi que «le message envoyé par l'ONU dans ce cas est profondément troublant».

«Nous constatons le silence sur la question des violences sexuelles par des troupes internationales maintenant sous mandat de l'ONU. Et nous voyons qu'un membre du Haut Commissariat a été réprimandé pour avoir transmis un rapport aux autorités compétentes en France», a affirmé le responsable de l'OMCT.

Règles internes bafouées

Pressé de questions au point de presse des agences de l'ONU à Genève, le porte-parole du Haut Commissariat Rupert Colville a affirmé qu'Anders Kompass n'a pas été sanctionné pour avoir transmis le rapport aux autorités françaises dès le mois de juillet 2014, mais pour n'avoir pas respecté les règles de protection des victimes.

«Une enquête interne de l'ONU est en cours contre ce fonctionnaire parce qu'il a communiqué le rapport à des sources externes au mépris des procédures et des règles de protection des victimes et des témoins», a expliqué M. Colville.

«Les victimes et les témoins sont très vulnérables à des représailles. Nous sommes préoccupés par le fait que des copies ont été transmises récemment avec les noms des victimes», a dit le porte-parole. Il a dénoncé le fait qu'au moins une victime a été contactée à plusieurs reprises par des médias et a demandé que les noms ne soient plus communiqués.

Interrogé sur la raison pour laquelle les informations sur ces abus n'ont pas été rendues publiques auparavant par l'ONU, le porte-parole a affirmé qu'il faut attendre les résultats de l'enquête menée par les autorités françaises. C'est la pratique en la matière, a-t-il dit.

Tolérance zéro

Il a encore souligné que les troupes françaises n'étaient pas sous mandat de l'ONU lors des faits incriminés. «L'ONU a une position très ferme, la tolérance zéro à l'égard d'abus sexuels commis à l'encontre d'enfants», a déclaré le porte-parole du Haut Commissariat.

Il a jugé «offensantes» les accusations visant l'ex-Haut Commissaire Navi Pillay et le Haut Commissaire actuel Zeid Ra'ad Al Hussein d'avoir essayé de couvrir ces abus.

«Les détails des faits présumés sont odieux. Nous souhaitons que les coupables soient durement punis, c'est très important», a affirmé M. Colville.

Sur la base du document transmis par l'ONU à la mi-juillet 2014, une enquête a été ouverte à Paris le 31 juillet sur des abus sexuels présumés sur dix enfants à Bangui entre décembre 2013 et juin 2014. Elle est restée secrète jusqu'à un article du quotidien britannique «The Guardian» révélant l'affaire mercredi.

Quatorze militaires français seraient concernés. Jeudi, le président français François Hollande a promis d'être «implacable» si les enquêtes concluaient à une culpabilité.

Soutien psychosocial de l'UNICEF

Un porte-parole de l'UNICEF à Genève Christophe Boulierac a précisé que les enfants interrogés par les équipes de l'ONU sur les faits en mai-juin 2014 ont bénéficié immédiatement d'un soutien psychosocial et médical, avec des visites régulières de suivi.

«Ils sont protégés et nous savons qu'ils sont en sécurité», a dit le porte-parole de l'UNICEF. Il a rappelé que les violences sexuelles sont répandues en Centrafrique: 2000 cas d'abus sexuels ont été recensés par l'ONU l'an dernier dans ce pays. (ats)

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