Actualisé 15.08.2017 à 08:09

KenyaL'opposant Raila Odinga doit révéler sa stratégie

Raila Odinga dénonce une élection «volée» qui a vu la reconduction du président Uhuru Kenyatta. Il va expliquer ce mardi sa marche à suivre.

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Le président kényan Uhuru Kenyatta a été investi mardi. (Mardi 28 novembre 2017)

Le président kényan Uhuru Kenyatta a été investi mardi. (Mardi 28 novembre 2017)

AFP
Il a été élu pour un second et dernier mandat à la tête de son pays après saga électorale, marquée notamment par l'invalidation en justice de la présidentielle du 8 août. (Mardi 28 novembre 2017)

Il a été élu pour un second et dernier mandat à la tête de son pays après saga électorale, marquée notamment par l'invalidation en justice de la présidentielle du 8 août. (Mardi 28 novembre 2017)

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Réélu à la présidentielle d'octobre, boycottée par l'opposition, Uhuru Kenyatta a prêté serment sous les vivats des 60'000 personnes rassemblées dans un stade du nord-est de la capitale Nairobi. (Mardi 28 novembre 2017)

Réélu à la présidentielle d'octobre, boycottée par l'opposition, Uhuru Kenyatta a prêté serment sous les vivats des 60'000 personnes rassemblées dans un stade du nord-est de la capitale Nairobi. (Mardi 28 novembre 2017)

AFP

Le Kenya était suspendu mardi aux lèvres du leader de l'opposition Raila Odinga, qui doit expliquer quelle stratégie il entend adopter pour contester la réélection du président Uhuru Kenyatta, ce qui pourrait à nouveau faire monter la tension dans le pays.

Déjà défait trois fois auparavant à la présidentielle (1997, 2007, 2013), Raila Odinga a décidé de ne pas s'incliner sans avoir mené jusqu'au bout ce qui pourrait être sa dernière grande bataille politique, à 72 ans.

Resté silencieux pendant 48 heures après la réélection vendredi soir de Uhuru Kenyatta, qui avait immédiatement déclenché des violences ayant fait au moins 16 morts - dont une fille de neuf ans - dans les fiefs de l'opposition, Raila Odinga n'a laissé planer aucune ambiguïté sur ses intentions dimanche.

Kenya: Odinga appelle au calme

«Nous n'avons pas encore perdu. Nous n'abandonnerons pas», a-t-il lâché à des milliers de supporteurs en liesse dans le bidonville de Kibera, à Nairobi, un des hauts lieux de la contestation, en leur donnant rendez-vous pour mardi, à une heure et dans un lieu encore inconnus. «Attendez que j'annonce la marche à suivre après-demain» (mardi), avait-il ajouté, en dénonçant à nouveau une élection «volée» et en demandant à ses sympathisants d'ici là de rester chez eux, en signe de deuil pour les victimes.

Les options s'offrant à Raila Odinga paraissent cependant limitées. Il pourrait céder aux pressions internationales et se tourner vers la justice, une éventualité que la coalition d'opposition Nasa a pourtant écartée jusqu'ici. Un recours en justice peut être déposé jusqu'au 18 août. Mais Raila Odinga se rappelle fort bien qu'il avait saisi en 2013 la Cour suprême pour déjà contester l'élection de Uhuru Kenyatta, et que celle-ci lui avait donné tort.

Paralyser la capitale

De plus, l'opposition n'a pas été jusqu'ici en mesure de fournir des documents susceptibles de corroborer ses accusations, à savoir que le système électronique de transmission et de comptage des voix a été manipulé au profit de Uhuru Kenyatta.

Une autre possibilité pour le leader d'opposition serait d'en appeler à une gigantesque manifestation, ou une série de manifestations, dans les rues de Nairobi, avec l'ambition de paralyser la capitale pour plusieurs heures voire plusieurs jours.

Le président Kenyatta a semblé donner lundi son assentiment à une manifestation, pour peu qu'elle soit pacifique. «Faites-le simplement de manière pacifique, ordonnée, ne perturbez pas la vie des autres Kényans, et exprimez votre opinion», a-t-il déclaré. Mais ce serait tout de même pour Raila Odinga prendre le risque de mettre ses sympathisants en danger. La police est peu susceptible de laisser la population des bidonvilles déborder dans le centre de Nairobi sans exercer un contrôle musclé de la situation.

Pour Nic Cheeseman, professeur de politique africaine à l'université de Birmingham, les pouvoirs publics ont «la capacité de contenir des manifestations» et seraient en mesure de «reprendre le contrôle en utilisant la force assez rapidement». Par ailleurs, nombre des partisans de Raila Odinga dans les bidonvilles de la capitale, issus majoritairement de son ethnie luo, n'ont pas les moyens de perdre plusieurs jours à manifester, trop occupés qu'ils sont à simplement survivre.

«J'ai besoin de manger»

«Je suis triste que Raila n'ait pas gagné, mais qu'est-ce qu'on peut faire maintenant? C'est fini et on veut la paix», confiait dimanche Margaret, 62 ans, une coiffeuse de Kibera, venue travailler en dépit de la consigne de Raila Odinga de rester chez soi. «Je suis venue travailler, parce que j'ai besoin de manger, mes enfants et mes petits-enfants aussi», soulignait-elle. «Ils peuvent appeler à la grève, mais à la fin de la journée, ils mangeront et nous non.»

Nairobi, qui avait des allures de ville morte depuis le scrutin du 8 août, avait timidement repris une activité à peu près normale lundi. Même dans ses bidonvilles, Kibera, Mathare, et Kawangware, et dans la ville de Kisumu (ouest), foyers des principales violences, les gens avaient recommencé à s'atteler à leurs tâches quotidiennes.

La colère des partisans de l'opposition avait éclaté dès l'annonce de la victoire de Uhuru Kenyatta, avec 54,27% des voix, contre 44,74% à Raila Odinga, au terme d'un scrutin pourtant annoncé serré par les instituts de sondage.

Ces incidents ont remis en lumière les vieilles rancoeurs entre communautés qui avaient nourri les violences post-électorales ayant fait plus de 1100 morts et 600'000 déplacés en 2007-2008, après la réélection de Mwai Kibaki, déjà contestée par Raila Odinga.

La police a nié que des manifestants pacifiques aient été tués. Elle a affirmé que ceux qui sont morts étaient armés et commettaient des actes criminels (viols, pillages), et s'en étaient pris à des policiers. La plupart des 16 morts ont été tués par balles. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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