Kirghizstan: L'opposition affirme contrôler le pouvoir
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KirghizstanL'opposition affirme contrôler le pouvoir

L'opposition kirghize a affirmé mercredi soir contrôler le pouvoir dans la capitale Bichkek, à l'issue d'une journée marquée par de violents affrontements.

«L'opposition contrôle totalement le pouvoir», a déclaré une dirigeante de l'opposition, Roza Otounbaïeva, à l'agence de presse russe RIA. Un peu plus tôt, le chef de l'opposition Temir Sariev a déclaré que des manifestants de l'opposition avaient pénétré à l'intérieur du siège du gouvernement et que le gouvernement du premier ministre Daniar Oussenov avait démissionné.

Selon lui, l'opposition a formé son «propre gouvernement», dirigé par l'ex-ministre des affaires étrangères Rosa Otounbaïeva. Ces informations n'ont pas été confirmées de source indépendante. A Washington, le département d'Etat américain a dit penser que le gouvernement kirghize était toujours en place.

Départ du président

Le président Kourmanbek Bakiev a par ailleurs quitté la capitale Bichkek, ont annoncé M. Sariev et une source aéroportuaire. Selon l'opposition, il se serait rendu à Och (sud). Deuxième ville du pays, Och est située à la frontière avec l'Ouzbékistan, au niveau de la vallée de la Fergana, l'un des principaux bastions islamistes d'Asie centrale.

La maison du chef de l'Etat à Bichkek a été pillée et incendiée, selon l'agence russe Interfax. Lui-même arrivé au pouvoir à l'issue d'une révolution en mars 2005, Kourmanbek Bakiev était critiqué pour une dérive autoritaire et du népotisme.

Les violences ont éclaté dans l'après-midi lorsqu'une foule de manifestants réclamant le départ de M. Bakiev a tenté de pénétrer par la force dans la présidence. Les forces de l'ordre ont répliqué en tirant sur la foule et en utilisant des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes.

Dans la soirée, des centaines d'opposants sont entrés dans le siège du parlement, situé à quelques dizaines de mètres de la présidence, tandis que le rez-de-chaussée du siège du parquet général de la capitale était en feu, a constaté un journaliste de l'AFP. Ailleurs dans le pays, des manifestants ont également pris d'assaut des bâtiments officiels.

Dizaines de morts

Impossible de connaître le bilan exact des violences mercredi soir. Le ministère de la santé a fait état de 47 morts et plus de 400 blessés. L'opposition a, elle, estimé qu'une centaine de personnes ont perdu la vie dans «les troubles». Seule certitude: la plupart - voire la totalité - des victimes ont été atteintes par balles.

L'incertitude régnait aussi sur le sort du ministre de l'intérieur Moldomoussa Kongantiev. Une source au sein du ministère, des médias indépendants et des ONG assuraient qu'il avait été tué lors de heurts à Talas (nord-ouest), mais un porte-parole du ministère a démenti.

De son côté, le premier ministre Daniar Oussenov a annoncé que l'état d'urgence avait été décrété et un «couvre-feu» imposé.

Plusieurs chefs de l'opposition - dont M. Sariev, l'ex-président du Parlement Omourbek Tekebaïev et l'ex-candidat à la présidentielle et ancien premier ministre Almazbek Atambaïev - avaient été brièvement arrêtés dans l'après-midi et inculpés pour «crimes graves».

«Les gens deviennent fous»

La Russie, les Etats-Unis, l'Union européenne et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon ont appelé au calme. Mais cet appel risque fort de rester lettre morte. «Malheureusement ce sera très difficile de rétablir l'ordre dans la foule. Les gens deviennent fous», a déclaré Isa Omourkoulov, dirigeant du Parti social démocrate.

Le Kirghizistan abrite une base aérienne américaine essentielle pour la guerre en Afghanistan et plusieurs bases russes. Avec ses voisins d'Asie centrale, il suscite en outre d'intenses convoitises pour ses réserves de pétrole, de gaz, d'uranium et d'or, pour la plupart encore inexploitées et parmi les plus importantes au monde.

Un reportage sur les violences au Kirghizstan:

(ats/afp)

Tous les vols militaires américains suspendus à Manas

Tous les vols militaires américains ont été suspendus à la base kirghize de Manas, au nord de la capitale Bichkek, les autorités ayant fermé l'aéroport après de violents affrontements entre police et opposants, a indiqué mercredi à l'AFP un responsable militaire américain.

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