Syrie: L'opposition syrienne fustige la Ligue arabe
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SyrieL'opposition syrienne fustige la Ligue arabe

L'opposition syrienne a accusé lundi la Ligue arabe de «couvrir» la répression de la contestation populaire menée par le régime, après la décision de l'organisation de maintenir ses observateurs.

«Il est clair que la mission des observateurs cherche à couvrir les crimes du régime syrien en lui donnant davantage de temps et d'occasions pour tuer notre peuple et briser sa volonté», ont affirmé dans un communiqué les Frères musulmans, membres du Conseil national syrien (CNS), qui regroupe des membres de l'opposition.

Le rapport des observateurs «met sur un même pied d'égalité le bourreau et la victime et fait un parallèle entre la machine à tuer officielle avec les chars et les roquettes et les opérations individuelles d'auto-défense», ont-ils accusé.

«Le rapport préliminaire (des observateurs) est trop vague et, pour l'essentiel, ne fait qu'accorder davantage de temps au régime», a renchéri Rima Fleihan, membre du CNS. «Il faut savoir ce que la Ligue va faire si le régime continue sa répression en présence des observateurs. A un moment, il va falloir en référer au Conseil de sécurité de l'ONU.»

Les observateurs de l'organisation panarabe, qui sont arrivés en Syrie le 26 décembre pour vérifier l'application d'un plan de solution de la crise approuvé début novembre par Bachar al Assad, n'ont pas permis de mettre un terme à la répression qui a fait plus de 5000 morts depuis mars selon l'ONU.

Réunis au Caire dimanche, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe ont estimé que le régime de Damas n'appliquait que partiellement le plan qui prévoit la fin de la répression, la libération des prisonniers politiques, le retrait des troupes déloyées dans des villes et l'ouverture d'un dialogue avec l'opposition.

Renforcement des observateurs

Dans une déclaration, la Ligue arabe, dont l'efficacité en Syrie a été mise en doute depuis son arrivée dans le pays, a annoncé l'augmentation du nombre de ses observateurs, actuellement de 165, et un renforcement de leurs ressources.

Le rapport complet des observateurs est attendu le 19 janvier. Les ministres des Affaires étrangères des pays arabes se réuniront les 19 et 20 pour étudier leurs conclusions.

L'avenir de la mission dépend de l'engagement de Damas à respecter le plan de sortie de crise et à mettre un terme au bain de sang, ont prévenu les responsables de la Ligue arabe. «S'il ressort de ce rapport que les violences n'ont pas cessé, la Ligue arabe aura la responsabilité d'agir», a déclaré le premier ministre du Qatar, le cheikh Hamad ben Djassim al Thani.

Le Qatar, qui préside le groupe de contact de la Ligue sur la Syrie et a critiqué le travail des observateurs, avait proposé que des experts de l'ONU renforcent la mission de la Ligue arabe. Il n'a pas été suivi par ses partenaires.

Le CNS dénonce «un pas en arrière»

Le Conseil national syrien (CNS) a critiqué lundi le rapport des observateurs arabes sur leur mission en Syrie, dénonçant «un pas en arrière dans les efforts de la Ligue arabe» pour mettre fin à l'effusion de sang et appelant au transfert du dossier à l'ONU.

«Le CNS considère que le rapport sur le travail des observateurs représente un pas en arrière dans les efforts de la Ligue et ne reflète pas la réalité constatée par les observateurs sur le terrain», affirme le plus important groupe d'opposition syrien dans un communiqué au lendemain de l'examen du rapport des observateurs lors d'une réunion du comité ministériel arabe sur la Syrie au Caire.

Le CNS s'est dit «déçu de la lenteur et l'hésitation de la Ligue arabe dans l'application des dispositions du plan arabe qui stipulent clairement la nécessité du retour des forces armées à leurs casernes, la libération de tous les détenus, l'autorisation des manifestations pacifiques ainsi que l'accès des observateurs et des journalistes».

Il a appelé la Ligue arabe à «entamer des discussions immédiates avec le secrétaire général de l'ONU pour proposer le plan arabe au niveau du Conseil de sécurité pour son adoption par les Etats membres, afin de lui donner le soutien nécessaire et empêcher le régime de tergiverser».

Le CNS «appelle de nouveau à la protection des civils par tous les moyens légitimes dans le cadre du droit humanitaire international, notamment par la création de zones de sécurité et d'exclusion aérienne».

Le Comité ministériel arabe chargé du dossier syrien a décidé dimanche de «donner aux observateurs le temps nécessaire pour poursuivre leur mission conformément au protocole», après avoir examiné le premier rapport du chef des observateurs, Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi.

Ce protocole prévoit, outre la mission d'observation entamée le 26 décembre pour une durée d'un mois, l'arrêt des violences, la libération des détenus, le retrait de l'armée des villes et la libre circulation pour les observateurs arabes et la presse.

Mais la répression sanglante a continué faisant des centaines de morts selon l'opposition qui accuse en outre les observateurs d'être «manipulés» par le régime Assad.

Le mufti réagit

Le gouvernement syrien n'a pas officiellement réagi à la réunion de dimanche mais le mufti Ahmed Hassoun, la plus haute autorité musulmane du pays, a adressé une mise en garde.

«La Syrie ne sera pas humiliée», a-t-il dit lors d'une prière à Damas. «A ceux qui veulent faire de la Syrie leur arène pour leurs menées contre la volonté du peuple, je dis à la Ligue arabe et aux Nations unies que la Syrie a des anges (...) qui voleront jusqu'au jour de la résurrection», a-t-il dit.

Le pape Benoît XVI a plaidé quant à lui pour l'ouverture d'»un dialogue fructueux», «favorisé par la présence d'observateurs indépendants», répétant son appel à une «rapide fin des effusions de sang» dans le pays.

La Turquie, qui a réclamé le départ du président Bachar al-Assad, a pour sa part appelé l'opposition à continuer sa résistance contre le régime par des «voies pacifiques», après une rencontre avec le CNS.

(ats/afp)

Le Premier ministre turc met en garde contre une «guerre civile et de religions»

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde lundi contre une «guerre civile et de religions» en Syrie.

«La situation qui se développe là-bas conduit à une guerre civile, une guerre raciale, de religions et de communautés. Cela doit cesser», a déclaré M. Erdogan lors d'une conférence de presse télévisée.

«La Turquie doit jouer un rôle. Une guerre civile qui surviendrait nous mettrait en difficulté... et ferait peser sur nous une menace», a-t-il dit.

La Turquie, qui partage une frontière de 910 km avec la Syrie, son ancienne alliée, a condamné à de nombreuses reprises la répression des manifestations contre le régime syrien, qui a fait plus de 5.000 morts, selon les Nations Unies.

M. Erdogan a demandé plusieurs fois l'an dernier le départ du président Bachar al-Assad.

«La Syrie a un gouvernement qui assassine ses propres citoyens. Personne ne peut approuver (...) les régimes autoritaires,» a-t-il ajouté.

La Turquie s'est jointe à la Ligue arabe et aux puissances occidentales pour imposer des sanctions économiques contre Damas. Elle a suspendu les accords de crédits financiers avec la Syrie et a gelé les avoirs du gouvernement syrien.

Lors de sa conférence de presse, M. Erdogan a déclaré que son pays avait commencé à appliquer ces sanctions et que ces dernières seraient renforcées selon l'évolution de la situation.

Discours mardi du président Assad sur les «questions internes»

Le président syrien Bachar al-Assad doit prononcer un discours mardi sur «les questions internes», a rapporté lundi soir l'agence de presse officielle Sana.

«Le président Bachar al-Assad prononcera un discours mardi avant midi sur les questions internes en Syrie et les développements de la situation dans la région», a indiqué Sana.

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