Actualisé 18.03.2011 à 21:28

Bahreïn

L'opposition tient bon, malgré la répression

Une large foule exigeant des réformes à Bahreïn s'est rassemblée vendredi près de Manama en dépit de l'état d'urgence qui interdit toute manifestation.

Dans la capitale, les autorités ont fait abattre le monument érigé au centre de la place de la Perle, symbole du mouvement de contestation démocratique.

Attaqués à la pelleteuse et au marteau piqueur, les six piliers de cette statue élancée, surmontés d'une perle, ont cédé après quelques heures. La structure s'est effondrée dans un nuage de gravats et de barres d'acier. Officiellement, il s'agissait de «faciliter la circulation», selon l'agence bahreïnie BNA.

Dans le village chiite de Diraz, aux portes de la capitale, des milliers de manifestants chiites se sont mobilisés après la prière du vendredi. «En paix! en paix!», criaient les manifestants, «nous sommes prêts à sacrifier notre sang et notre âme pour Bahreïn».

Un important religieux chiite, cheikh Issa Qassem, a appelé dans son sermon à respecter les principes de la non-violence. «L'approche pacifique a été notre choix depuis le début», a-t-il affirmé.

Des dizaines de blessés

Dans un autre village aux abords de Manama, Sitra, des milliers de personnes ont assisté aux funérailles d'une des victimes de la répression. Ahmed Farhan, un chômeur de 28 ans, tué mardi soir dans des affrontements avec la police.

Selon sa famille et des sources médicales, il a été touché à la tête par une balle tirée d'un hélicoptère. Les autorités ont interdit pendant plusieurs heures que son corps soit rendu à la famille par les services hospitaliers.

Les affrontements de cette semaine ont fait au moins huit tués et des dizaines de blessés. Jeudi, l'opposition dominée par les chiites avait appelé à poursuivre la contestation de la dynastie sunnite des Al-Khalifa, au pouvoir depuis plus de 200 ans dans ce pays, allié des Etats-Unis.

Renfort étranger

Les autorités bahreïnies ont décrété cette semaine l'état d'urgence, qui interdit notamment les rassemblements. Le petit royaume, pas plus grand que le canton suisse de Glaris, vit depuis des semaines au rythme de la contestation.

L'opposition réclame des réformes pour obtenir une plus grande participation politique. Elle a refusé la proposition du pouvoir d'un dialogue national avant que ne démissionnent des personnalités clefs du régime. Six figures de l'aile dure de l'opposition ont été arrêtées jeudi.

Bahreïn a reçu le soutien de ses voisins. L'Arabie Saoudite a dépêché vers Manama un millier de militaires, faisant partie du Bouclier de la Péninsule, la force commune des pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG). Les Emirats arabes unis ont également envoyé des troupes. Vendredi, le Qatar a annoncé sa participation à cette opération.

Solidarité chiite

Le mouvement de contestation a reçu de son côté des signes de solidarité des chiites des pays voisins. En Irak, des milliers de personnes ont manifesté vendredi dans plusieurs villes pour soutenir l'opposition et demander le départ des forces du CCG envoyées à Bahreïn.

Jeudi soir, plusieurs centaines de chiites avaient manifesté dans l'est de l'Arabie saoudite pour protester contre la répression et l'arrivée des forces du Bouclier de la péninsule.

Inquiétude des milieux financiers

La communauté internationale a condamné la répression par le régime. Jeudi soir, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki- moon a mis en garde contre l'usage excessif de la force dans un appel téléphonique au roi de Bahreïn, Hamad Ben Issa Al-Khalifa.

Auparavant, la haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, avait également dénoncé comme «choquante et illégale» la répression lancée cette semaine contre les manifestants.

Les milieux financiers internationaux se sont inquiétés vendredi de l'instabilité à Bahreïn, qui avait l'ambition de devenir une place d'affaires régionale. L'agence de notation Standard and Poor's a abaissé de deux crans sa note souveraine, dorénavant fixée à «BBB». (ats)

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