Affaire Skripal: L'Otan veut éviter «une nouvelle Guerre froide»
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Affaire SkripalL'Otan veut éviter «une nouvelle Guerre froide»

L'empoisonnement début mars d'un ex-agent double au Royaume-Uni a rapidement pris des allures de confrontation Est-Ouest.

Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a appelé vendredi la Russie à «coopérer» sur l'affaire Skripal. «Nous avons ce que j'appellerais une approche à deux voies vis-à-vis de la Russie», a-t-il déclaré sur les ondes de la BBC. «Il y a d'un côté la dissuasion, la défense, et de l'autre le dialogue, parce que nous ne voulons pas d'une nouvelle Guerre froide, nous ne voulons pas d'une nouvelle course aux armements», a-t-il ajouté.

«La Russie est notre voisin, donc nous devons continuer à nous efforcer d'améliorer nos relations avec la Russie», a insisté Jens Stoltenberg, estimant que «l'isolement de la Russie n'est pas une alternative». «A un moment, la Russie va comprendre qu'il est dans son intérêt de coopérer avec nous, pas d'aller à la confrontation, et nous sommes prêts à le faire s'ils respectent certaines normes et règles de base des relations internationales», a-t-il dit.

Moscou «coupable»

L'empoisonnement sur le sol britannique de l'ex-espion russe Sergueï Skripal a pris ces dernières heures des allures de confrontation Est-Ouest, les alliés occidentaux désignant la Russie d'une même voix. Mercredi, la Première ministre britannique Theresa May avait affirmé que Moscou était «coupable» de cette attaque commise, selon elle, au moyen d'un agent innervant appartenant au groupe des agents «Novitchok» mis au point par la Russie.

«Nous n'avons aucune raison de douter des conclusions et des évaluations faites par le gouvernement britannique, notamment parce que cela s'inscrit dans un contexte de comportements irresponsables de la part de la Russie depuis de nombreuses années», a dit vendredi le secrétaire général de l'Otan.

Le ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson a souligné de son côté que le Royaume-Uni en voulait au régime du président Vladimir Poutine, et pas à la Russie. «Ce conflit, nous l'avons avec le Kremlin de Poutine», a déclaré le ministre lors d'un déplacement vendredi matin au musée de la Bataille d'Angleterre, en compagnie de son homologue polonais Jacek Czaputowicz.

«Impardonnable» de mettre en cause Poutine

«Nous pensons qu'il est extrêmement probable que c'était sa décision d'ordonner l'utilisation d'un agent neurotoxique dans les rues du Royaume-Uni, dans les rues de l'Europe, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale», a encore ajouté Boris Johnson.

Moscou a peu goûté à ces déclarations du chef de la diplomatie britannique. «Toute mention ou référence à notre président n'est rien d'autre que choquant et impardonnable en termes d'étiquette diplomatique», a réagi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par les agences de presse russes.

Eviter les «jugements hâtifs»

Sur le plan politique, la mise en cause de la Russie a créé des remous au sein de l'opposition travailliste britannique, dont le chef Jeremy Corbyn a été vivement critiqué, y compris dans son camp, pour ne pas avoir désigné Moscou sans équivoque.

Dans une tribune publiée dans le «Guardian», Corbyn appelle Theresa May à ne pas «se précipiter», rappelant l'exemple de l'invasion de l'Irak en 2003 lancée pour détruire des armes de destruction massive présumées qui n'ont jamais été découvertes. «Le Royaume-Uni doit demander des comptes aux auteurs de cet acte. Mais pour autant, ce n'est pas le moment de porter des jugements hâtifs qui pourraient conduire à une nouvelle Guerre froide», écrit-il. «Les preuves pointent vers la Russie», dit-il, ajoutant toutefois qu'un lien avec «des groupes mafieux russes» installés en Royaume-Uni ne pouvait être «exclu». (20 minutes/afp)

Une enquête russe pour «tentative d'assassinat»

La Russie a annoncé vendredi avoir ouvert une enquête pour «tentative d'assassinat» de la fille de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal, victime d'un empoisonnement avec son père en Angleterre, ainsi qu'une procédure pour «meurtre» après la mort suspecte d'un autre exilé russe à Londres. Lire la suite ici.

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