Immigration: L'UE engage une partie difficile avec la Turquie et la Libye
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ImmigrationL'UE engage une partie difficile avec la Turquie et la Libye

Les Européens vont engager une partie politique difficile avec la Turquie et la Libye pour éliminer les filières d'immigration clandestine actives dans ces deux pays.

Mais certaines contreparties exigées par Tripoli sont qualifiées «d'impossibles».

Le commissaire européen chargé de la Justice, de la Sécurité et des Libertés, Jacques Barrot, prépare des visites dans ces deux pays. «Je compte me rendre en Libye à la rentrée et en Turquie en septembre-octobre», a-t-il annoncé à l'issue d'une réunion des ministres de l'Intérieur et de la Justice de l'UE en fin de semaine à Stockholm.

Signes positifs

M. Barrot reconnaît que l'issue de ces déplacements n'est pas assurée, mais il affirme avoir enregistré des «signes positifs» de la part des autorités de ces deux pays. La lutte contre l'immigration clandestine «suppose de régler les rapports avec la Turquie et avec la Libye», a de son côté déclaré à l'AFP le ministre français chargé de l'Immigration, Eric Besson.

«Avec la Turquie, il faut en faire un test de sa volonté de coopération avec l'UE», a-t-il estimé. «Quant à la Libye, on voit bien que lorsqu'ils veulent, ils ont les moyens d'arrêter l'immigration clandestine», a-t-il commenté.

Turquie

La Turquie, candidate à l'adhésion à l'UE, est considérée comme le pays de transit des migrants venus d'Asie. Les filières actives en Afrique opèrent pour leur part en Libye.

Plus de 67'000 clandestins ont traversé la Méditerranée en 2008 pour tenter d'entrer en Europe, selon le Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés. Certains ont péri en mer.

L'Union européenne demande aux dirigeants de ces deux pays d'éliminer les filières de traite d'êtres humains et d'accepter de reprendre les migrants partis clandestinement de leurs côtes et qui ne peuvent prétendre à une protection internationale, a précisé M. Barrot.

Libye

Elle demande en outre à la Libye qui n'est pas signataire de la Convention de Genève, de s'engager à protéger les personnes persécutées et de faciliter le traitement des demandes d'asile sur son territoire.

M. Barrot souhaite se rendre en Libye en compagnie du Haut commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Antonio Guterres. «Je sais que son administration n'est pas très favorable (à cette mission), mais lui comprend les problèmes», a-t-il expliqué.

Migrants économiques

La priorité pour M. Barrot est d'endiguer les flux de migrants économiques, car ils menacent de déstabiliser certains pays comme la Grèce et ne permettent pas à l'Europe de répondre convenablement aux vraies demandes d'asile. «Mais si on n'arrive pas à lier migrations, développement et diplomatie, on n'y arrivera pas», a-t-il averti.

Il va toutefois falloir lever de nombreux obstacles pour obtenir une pleine collaboration d'Ankara et de Tripoli.

«La Turquie est prête à signer des accords de réadmission» pour reprendre les migrants partis clandestinement de son territoire. «Mais elle dit être un pays de transit et demande que des accords similaires soient signés avec le Pakistan et l'Afghanistan» pour permettre de refouler les migrants passés par ces pays, a expliqué M. Barrot.

Choses impossibles

Les problèmes sont autrement complexes avec Tripoli, car les Libyens «demandent des choses impossibles», a-t-il souligné. Ils ont notamment des exigences financières qui vont bien au-delà de ce que l'UE est disposée à engager.

«Nous avons mis sur la table 20 millions d'euros, mais ils réclament entre 200 et 300 millions», a souligné son entourage. Les Libyens expliquent avoir besoin de moyens pour surveiller leur frontière sud avec le Niger et le Tchad, précise-t-on. La Libye fait soutenir ses exigences par l'Italie, mais «ce qu'ils demandent est énorme», a confié M. Barrot. (ats)

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