Crise migratoire: L'UE et la Turquie scellent un accord sans précédent
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Crise migratoireL'UE et la Turquie scellent un accord sans précédent

L'Union européenne et la Turquie ont conclu vendredi un accord censé mettre un coup d'arrêt à l'afflux de migrants vers l'Europe. Mais sa mise en oeuvre promet d'être d'une grande complexité.

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12.08 La «Jungle» de Calais, où affluent régulièrement des migrants espérant passer en Angleterre, accueille aujourd'hui plus de 9000 personnes, soit 2000 de plus qu'en juillet.

12.08 La «Jungle» de Calais, où affluent régulièrement des migrants espérant passer en Angleterre, accueille aujourd'hui plus de 9000 personnes, soit 2000 de plus qu'en juillet.

AFP/Philippe Huguen
Parmi ces 9106 personnes recensées dans les différentes zones du bidonville par les associations l'Auberge des Migrants et Help Refugees, on compte 865 mineurs, dont 676 non accompagnés, ont précisé vendredi deux ONG actives dans le bidonville.

Parmi ces 9106 personnes recensées dans les différentes zones du bidonville par les associations l'Auberge des Migrants et Help Refugees, on compte 865 mineurs, dont 676 non accompagnés, ont précisé vendredi deux ONG actives dans le bidonville.

AFP/Philippe Huguen
24.07.2016 L'île grecque de Lesbos se trouve vidée de ses touristes alors que plus de 800'000 réfugiés sont passés par là en 2015.

24.07.2016 L'île grecque de Lesbos se trouve vidée de ses touristes alors que plus de 800'000 réfugiés sont passés par là en 2015.

AFP/Louisa Gouliamaki

La mesure phare de cet accord, «temporaire et extraordinaire», prévoit le renvoi vers la Turquie de tous les nouveaux migrants qui arriveront à partir de dimanche sur les îles grecques, y compris les demandeurs d'asile comme les Syriens fuyant la guerre. «Nous avons enfin conclu un accord entre la Turquie et l'UE», s'est félicité le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui a mené les négociations avec la Turquie au nom des 28.

«C'est un jour historique», a lancé de son côté le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu. «Nous avons réalisé aujourd'hui que la Turquie et l'UE avaient la même destinée».

Alors qu'une crise humanitaire guette en Grèce, la pression était maximale sur les Européens pour trouver enfin une solution à la crise.

Débordée par l'arrivée d'1,2 million de migrants fuyant pour la plupart la Syrie, l'Irak et l'Afghanistan l'an dernier, l'UE s'est divisée ces derniers mois sur la réponse à apporter. Certains Etats craignaient une illégalité du renvoi de demandeurs d'asile ou rechignaient à faire trop de concessions à la Turquie, taxée par certains de dérive autoritaire.

Renvois dès le 4 avril

L'ONU avait mis en garde contre un «risque de possibles expulsions collectives et arbitraires», mais la Commission européenne a assuré que le mécanisme prévu était dans les clous du droit international.

Des procédures individuelles seront garanties à chaque demandeur d'asile qui arrivera sur les côtes grecques à partir de dimanche, avec un examen individualisé de sa requête.

Pour chaque Syrien renvoyé, les Européens se sont engagés à «réinstaller» dans l'UE un autre Syrien depuis la Turquie. Ce dispositif sera plafonné à 72'000 places offertes en Europe, dans le cadre d'engagements déjà pris par les pays européens. En vertu des accords de Dublin, la Suisse participe aussi à ce programme.

Ces renvois «commenceront à partir du 4 avril», a assuré Angela Merkel, qui a joué un rôle clé dans la conclusion de cet accord. La chancelière allemande a parfois froissé des partenaires européens agacés par ses initiatives.

Vers une suppression des visas

Outre les questions légales, plusieurs Etats membres ont pesé pour limiter les contreparties offertes à la Turquie. «Il n'est pas question de brader nos valeurs», avait prévenu le Premier ministre belge Charles Michel jeudi, en rappelant les critiques de l'UE à propos des attaques du régime islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan contre la liberté de la presse ou sur le conflit kurde.

Les Européens ont aussi accepté d'accélérer le processus de libéralisation des visas pour les ressortissants turcs, mais en affirmant qu'ils ne transigeraient pas sur les critères à remplir. Cette décision de libéraliser les visas pour les citoyens turcs concerne également la Suisse, membre de l'espace Schengen.

Ils ont aussi réussi à surmonter les fortes réserves de Chypre, pour promettre à la Turquie d'ouvrir un nouveau chapitre (sur les finances et le budget) dans ses négociations d'adhésion à l'UE.

Nouvelle enveloppe

Sur le plan financier, l'UE s'engage à «accélérer» le versement de l'aide de 3 milliards d'euros déjà promise à la Turquie pour y améliorer les conditions de vie des quelque 2,7 millions de réfugiés qu'elle accueille. Et elle a ouvert la porte à une nouvelle enveloppe du même montant d'ici fin 2018.

Face aux critiques, les Européens ont répété qu'il fallait un signal fort pour «briser le business model des passeurs» et mettre fin au trafic d'êtres humains» en mer Egée.

Depuis le début l'année, plus de 143'000 personnes sont arrivées en Grèce via la Turquie. A elle seule, la Grèce a vu passer plus d'un million de migrants l'an dernier. La fermeture ces dernières semaines de la «Route des Balkans» a placé la Grèce dans une situation intenable.

L'UE s'est aussi dite prête à réagir si un déplacement des routes migratoires, vers la Libye ou la Bulgarie, se concrétisait. (afp)

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