Gastronomie - La 3e génération du caviar Petrossian s’adapte à la pandémie
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GastronomieLa 3e génération du caviar Petrossian s’adapte à la pandémie

Mikaël Petrossian bouscule les codes en mettant de côté le caviar pour servir les plats russo-arméniens de sa grand-mère dans le restaurant parisien.

Un vendeur de l'épicerie de luxe Petrossian met du caviar dans une boîte le 27 décembre 2019 à Paris.

Un vendeur de l'épicerie de luxe Petrossian met du caviar dans une boîte le 27 décembre 2019 à Paris.

AFP

Il a mis entre parenthèses le restaurant gastronomique pour servir des plats russo-arméniens de sa grand-mère dans l’établissement familial: Mikaël Petrossian, troisième génération de la dynastie du caviar, s’adapte à la pandémie en bousculant les codes. «Il a fallu changer notre manière de fonctionner», déclare à l’AFP le quadra dont la nomination à la tête du groupe éponyme, le plus gros producteur du caviar au monde fondé il y a un siècle par deux frères immigrés arméniens, a coïncidé avec le Covid.

Mikael Petrossian.

Mikael Petrossian.

AFP

Aucun plat ne dépasse 20 euros dans le menu «Mantchouk» ou «petit garçon» – c’est ainsi que sa grand-mère appelait Mikaël – disponible à emporter et qui sera servi dans le restaurant Petrossian, dans le chic VIIe arrondissement parisien, quand celui-ci rouvrira, réaménagé avec de grandes tables et une cuisine généreuse de partage.

Sou bereck, manti et pirojki

Adieu les tagliatelles sauce caviar et veau nappé de caviar maturé cuisiné: place désormais aux Sou bereck, «lasagnes» à l’arménienne au fromage de brebis ou aux épinards, pirojki, manti (ravioli au boeuf en bouillon), chou blanc mariné ou farci. «Le restaurant, c’est un lieu où l’on a envie de montrer une cuisine qu’on mange en famille avec mes parents, mes tantes, mes oncles et dans laquelle il n’y a pas forcément de produits très nobles comme les caviars ou les saumons», qui font la gloire de la maison Petrossian, présente en France et aux Etats-Unis.

66 euros pour 30 grammes à déguster «avec une petite cuillère en faisant éclater les grains contre le palais pour sentir tous les arômes»: le caviar ne sera proposé dans ce menu que nature, comme dans les boutiques. «Un budget, certes, mais pas complètement inaccessible», estime Mikaël Petrossian.

Celui qui a fait sa carrière dans les finances et lancé la chaîne de restaurants asiatiques Yoom, spécialisés dans les raviolis vapeur, avant d’intégrer la maison familiale, se donne pour mission de «déstigmatiser la marque très associée au caviar». C’est aussi une façon pour Mikaël Petrossian de faire découvrir la cuisine de ses origines, «presque inconnue» en France, et rendre hommage aux femmes «qui ont été moins visibles» bien qu’elles contribuent au succès des affaires familiales en tenant les boutiques.

«Démocratiser le caviar, c’est le dénaturer»

Il y a 100 ans, ces précieux oeufs d’esturgeon de la Caspienne étaient méconnus en France. Les frères Melkoum et Mouchegh Petrossian doivent d’abord persuader César Ritz qui met, sans trop y croire, ce produit exotique à la carte de ses palaces européens. Le caviar séduit et l’ouverture de la boutique Petrossian à la devanture bleu turquoise suit en 1920.

La devanture bleu turquoise de la boutique Petrossian à Paris, le 27 décembre 2019.

La devanture bleu turquoise de la boutique Petrossian à Paris, le 27 décembre 2019.

AFP

«La capacité d’adaptation c’est dans nos gènes. Architecte et avocat, ils sont venus en France, aucun d’eux ne pouvait exercer le métier et ils sont devenus commerçants», souligne Mikaël Petrossian. Durant la Seconde Guerre mondiale, la boutique devient une épicerie ordinaire et depuis ne cesse de se diversifier en vendant du foie gras, des blinis ou de la vodka.

Depuis le début de la crise sanitaire, «on a multiplié quasiment par trois les ventes» grâce au développement du commerce en ligne et les «projets-satellites» comme «la truffe par Petrossian». L’offre Mantchouk durera «un ou deux ans», le temps que les choses reviennent complètement à la normale avec le retour des touristes et des clients des grands hôtels, explique Mikaël Petrossian en espérant aussi que les produits plus accessibles amèneront les jeunes vers le produit phare de la maison.

Car, sur ce plan, Petrossian ne touche à rien même si l’interdiction du caviar sauvage en 2008 et le passage à l’élevage a entraîné les prix vers le bas. «Il faut huit à dix ans pour élever une femelle esturgeon, pour les variétés comme le béluga, cela peut être au-delà de 15 ans. Il y a un vrai travail, il y a du temps et le temps c’est de l’argent», dit Mikaël Petrossian. «Démocratiser le caviar c’est le dénaturer. Nous n’allons pas chercher à nourrir les poissons moins bien ou réduire les cycles pour arriver à des sous-produits».

(AFP)

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