13.10.2020 à 07:20

Élections jurassiennesLà aussi, on envoie les infos sur le vote seulement au nom de Monsieur

Une électrice s’agace de voir que le Canton a envoyé une enveloppe contenant la «propagande des partis» au «responsable du ménage». Passéiste, la pratique subsiste pourtant un peu partout.

de
Yannick Weber
DR

«Je félicite mon canton pour l’image rétrograde qu’il a de la place de la femme dans le ménage.» Cette prise de position courroucée nous vient d’une (é)lectrice anonyme du canton du Jura, qui s’apprête à élire son parlement et son gouvernement ce dimanche. Il y a deux semaines, les autorités ont envoyé à tous les ménages une enveloppe (qui n’est pas celle contenant le matériel de vote, qui est, celle-ci, bien entendu individuelle) contenant la «propagande des partis». Dessus, il est noté que la missive est envoyée à «la personne responsable» du ménage. Et, naturellement, c’est donc à l’homme qu’a été adressé le courrier.

«Le canton du Jura a un Bureau de l’égalité, mais il semblerait qu’il y ait encore du chemin à faire. On devrait peut-être déjà s’estimer heureuses d’avoir le droit de vote», poursuit la Jurassienne qui précise être choquée alors qu’elle ne se définit même pas comme une féministe.

Interrogée par la chaîne de télé Canal Alpha, la chancelière d’État, Gladys Winkler Docourt, a reconnu la maladresse et a présenté ses excuses aux électrices heurtées. «Nous allons y remédier, et ce dès les prochaines élections. La propagande des partis sera envoyée en tous ménages, a-t-elle dit. Malheureusement, le système informatique qui adresse par défaut à l’homme est un héritage de notre société.»

Les Vaudois aussi

Ceux qui seraient tentés de railler le canton du Jura, où les évolutions sociétales prendraient plus de temps à s’installer, ont (un peu) tort. Pas plus tard qu’il y a un mois, un cas tout à fait similaire s’est produit dans les communes quasi urbaines et bien vaudoises de Blonay et St-Légier-La-Chiésaz.

Avant la votation sur la fusion des deux villages, un document signé par les deux municipalités a été transmis aux habitants, celui-ci étant adressé au mari. Là, le syndic de Blonay avait expliqué la pratique dans «24 heures» en invoquant des raisons de calendrier: il aurait été trop chronophage de revoir le fichier informatique et trop long de privilégier un tous ménages. Signe que les choses ne sont pas figées, il avait également dit que la nouvelle commune «sera amenée à réfléchir à l’avenir à une meilleure solution».

N’oublions pas les Valaisans

Il ne faut pas remonter très loin dans le temps pour une anecdote du même acabit. Dans quelques communes du canton, c’est le matériel de vote même qui avait fait réagir. Certaines électrices avaient reçu leur enveloppe, sur laquelle était inscrit leur prénom, ainsi que la mention «épouse de», suivie du prénom de Monsieur leur mari. La pratique s’expliquait par des reliquats d’un passé où de nombreux habitants d’un même village portaient le même patronyme. Pour éviter de confondre, on ajoutait la précision du nom du mâle pour que Madame reçoive la bonne enveloppe. L’Office de l’égalité du canton disait chercher à sensibiliser les communes, avec un succès parfois relatif, par manque de temps… ou d’envie.

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136 commentaires
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T99

14.10.2020 à 17:23

Je peux m’empêcher de rire en voyant certains commentaires, car pendant quelques secondes j’ai eux l’impression de vivre en 1200 les gars on est en 2020 le droit des femmes c’est juste normal.

Karl

13.10.2020 à 11:20

C'est quand même marrant, quand il s'agit d'impôts et de taxes, alors là ils trouvent toujours le moyen de mette les deux noms. Histoire que les deux soient bien responsables.

Baye

13.10.2020 à 11:13

Oh non, la lettre a été envoyée au nom de celui qui a signé le baie... Au secours, c'est le moyen âge... Quoi que, les féministes pensent toujours aussi rétrograde...