Absinthe: La bataille de la «Fée verte» n'est pas terminée
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AbsintheLa bataille de la «Fée verte» n'est pas terminée

La demande d'Indication géographique protégée (IGP) pour l'absinthe du Val-de-Travers (NE) est contestée.

Le mécontentement fait long feu dans le dossier de l'absinthe.

Le mécontentement fait long feu dans le dossier de l'absinthe.

L'absinthe du Val-de-Travers aura-t-elle son appellation protégée? Une opposition est arrivée à l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) et une autre émanant de la Fédération française des spiritueux (FFS) va lui parvenir sous peu.

La demande d'IGP a été publiée le 31 mars dans la Feuille officielle du commerce. Celle-ci englobe les dénominations «Absinthe», «Fée verte» et «La Bleue» qui désignent une boisson spiritueuse issue du Val-de-Travers.

L'IGP permettrait d'éviter les imitations et usurpations de cet alcool interdit jusqu'en 2005. Les opposants ont jusqu'au 30 juin pour contester la demande d'enregistrement. «A ce jour, nous avons reçu une opposition, arrivée en mai», a déclaré Isabelle Pasche, juriste à l'OFAG.

Une autre opposition arrivera bientôt à Berne. «Nous allons l'envoyer vendredi», a indiqué jeudi à l'ATS Marie Benech, directrice générale de la FFS, fédération qui réunit la majorité des producteurs, dont le groupe Pernod, leader de ce marché.

«Si la demande d'IGP est acceptée, cela concernera nos producteurs par ricochet. Ils ne pourraient alors plus écouler en Suisse tout produit dénommé absinthe, fée verte ou bleue.»

La FFS entame sa démarche pour une question de principe, souligne Mme Benech. «La demande d'IGP porte sur le terme Absinthe, un terme qui n'appartient pas à la Suisse. Nous n'aurions pas fait opposition si la demande portait sur les termes 'Absinthe du Val-de-Travers'».

Projet d'IPG en France

Marie Benech révèle que des distillateurs de Pontarlier (Haut- Doubs) veulent aussi défendre leur boisson aux plantes d'absinthe. Ils ont le projet de demander une reconnaissance en IGP auprès de l'Institut français de l'origine et de la qualité (INAO), qui pourrait être valable à l'échelle de l'Union européenne.

La FFS souhaite aussi «rediscuter avec les autorités françaises de l'utilisation du mot absinthe», toujours interdit en France. L'appellation «boisson spiritueuse à base de plantes d'absinthe» est seule autorisée outre-Jura. Le terme absinthe est en revanche autorisé en Grande-Bretagne.

Procédure à rallonge

Passé le délai du 30 juin, l'OFAG va examiner la légitimité des oppositions. «Si nous entrons en matière, la procédure démarre. Cela peut durer alors plusieurs mois jusqu'à ce qu'une nouvelle décision de l'OFAG tombe», a explique Mme Pasche.

Durant ce laps de temps, «nous réexaminons le statut de l'IGP attribuée à l'absinthe. La législation prévoit la possibilité d'IPG transfrontalière».

La future décision de l'OFAG pourrait alors lancer une longue procédure. Les opposants tout comme l'Association interprofessionnelle de l'absinthe peuvent alors recourir auprès du Tribunal administratif fédéral, puis le cas échéant au Tribunal fédéral.

Accès de démence

Né à la fin du 18e siècle dans le Val-de-Travers, le breuvage a connu une histoire mouvementée. L'absinthe a été prohibée en Suisse en 1910, suite à l'interdiction de fabrication voulue deux ans plus tôt par le peuple encore sous le choc d'un drame survenu en 1905 à Commugny (VD): un homme avait tué sa femme et ses deux enfants dans un accès de démence attribué à l'absinthe.

La prohibition n'a été levée qu'en 2005. De nombreuses distilleries clandestines ont toutefois maintenu en vie la fée verte pendant le 20e siècle.

L'IGP permet de protéger les noms traditionnels désignant des produits agricoles transformés dont les principales caractéristiques sont déterminées par leur origine géographique. Lorsqu'un nom est protégé, son utilisation est réservée aux producteurs de l'aire géographique définie. La saucisse aux choux vaudoise et la viande séchée du Valais détiennent une IGP.

(ats)

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