Actualisé 06.09.2012 à 12:05

Politique monétaire La BCE laisse son taux directeur inchangé

Le principal taux directeur de la Banque centrale européenne reste fixé à 0,75%.

La Banque centrale européenne (BCE) a laissé jeudi son principal taux directeur inchangé à 0,75%, soit son plus bas niveau historique auquel il avait été ramené en juillet, a annoncé un porte-parole.

La BCE a également maintenu au même niveau ses deux autres taux directeurs, à savoir le taux de dépôt au jour le jour (0%) et le taux de prêt marginal (1,50%).

Dans leurs prévisions, les analystes étaient divisés sur cette décision et certains tablaient sur une nouvelle baisse du taux à 0,50%. Mais les observateurs attendent surtout de pied ferme la conférence de presse mensuelle de l'institution, qui doit débuter à 14h30.

Ils espèrent avoir du concret sur le nouveau programme de rachats d'obligations de la BCE sur le marché secondaire, une promesse esquissée il y a un mois par son président Mario Draghi face à l'envolée des coûts d'emprunt de l'Espagne et de l'Italie.

Mesures exceptionnelles

La politique monétaire «nécessite parfois des mesures exceptionnelles», notamment «quand les marchés sont fragmentés ou influencés par des craintes irrationnelles», a expliqué récemment M. Draghi face à l'opposition manifestée par l'Allemagne.

La BCE ne va toutefois sans doute pas annoncer des plafonds sur les écarts de taux d'emprunt entre les Etats de la zone euro au-delà desquels elle interviendrait automatiquement, estiment les analystes.

M. Draghi a en outre déjà fait savoir qu'une action de la BCE sur le marché secondaire de la dette publique serait coordonnée avec les fonds de secours des Etats européens, le FESF et son successeur le MES.

Appel de l'OCDE

L'OCDE a appelé jeudi la Banque centrale européenne (BCE), réunie au même moment à Francfort pour une réunion cruciale, à intervenir sur le marché de la dette pour ramener les taux d'intérêts des Etats en difficulté de la zone euro à des niveaux «justifiés».

Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques, «il est crucial d'enrayer les craintes» d'un éclatement de l'Union monétaire. «Cela peut être réalisé par la BCE en intervenant sur les marchés de la dette, afin de maintenir l'écart de taux d'intérêt entre pays à des niveaux justifiés par les fondamentaux économiques», affirme-t-elle dans son rapport.

En clair, l'institut monétaire doit racheter de la dette publique espagnole et italienne pour faire baisser les coûts d'emprunt des deux pays, qui demeurent exorbitants malgré les réformes drastiques et les plans d'austérité draconiens adoptés par Madrid et Rome.

Le président de la BCE Mario Draghi s'est dit prêt à faire tout le nécessaire pour sauver l'euro, y compris des interventions sur le marché obligataire dont il doit dévoiler le détail et les conditions ce jeudi.

Selon l'OCDE, la Banque centrale européenne devrait aussi abaisser ses taux directeurs, ou à tout le moins celui auquel elle prête aux banques. Mais les gouvernements de la zone euro doivent de leur côté accélérer leur projet d'union bancaire, avec une garantie des dépôts et un mécanisme de résolution des crises communs.

Cet appel découle d'un double constat

D'abord, «la situation économique mondiale se détériore en grande partie du fait que celle de la zone euro continue de se détériorer et qu'une solution complète doit encore être mise en place et appliquée», a averti jeudi l'économiste en chef du club de pays riches, Pier Carlo Padoan.

«La récession européenne ralentit l'économie mondiale», résume l'OCDE, qui a revu à la baisse jeudi ses prévisions de croissance pour 2012 pour la quasi-totalité des pays riches du G7 (Etats-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Canada), à l'exception du Japon.

Qui plus est, «une ultérieure intensification de l'instabilité de la zone euro aurait des effets de contagion significatifs pour la demande mondiale», souligne l'OCDE.

Le second constat est encore plus alarmant: «au sein de la zone euro, la faiblesse de la périphérie», c'est-à-dire essentiellement des Etats du Sud en difficulté comme la Grèce ou l'Espagne, «est en train de s'étendre aux principaux pays».

Du coup, les trois premières économies de la monnaie unique voient leur activité marquer le pas, voire reculer.

L'Allemagne, principal moteur continental, ne devrait enregistrer qu'une croissance de 0,8% cette année (contre 1,2% attendus dans les précédentes prévisions publiées en mai), et traverserait même une légère récession au second semestre.

La France verrait son économie stagner ( 0,1% en 2012, contre 0,6 auparavant), selon ces nouvelles prévisions. L'Italie devrait encaisser une récession de 2,4%, encore plus profonde qu'attendu jusque-là (-1,7%).

M. Padoan appelle à des «ajustements qui doivent impliquer tous les pays de la zone euro, tant débiteurs que créditeurs», les premiers devant rétablir leur compétitivité, poursuivre l'assainissement budgétaire, faire preuve de «retenue» dans l'évolution des salaires, mener des «réformes structurelles». Les créditeurs comme l'Allemagne devraient eux «accepter plus d'inflation par les salaires qui, au passage, soutiendrait la consommation», a-t-il jugé.

La révision à la baisse de la croissance est en revanche minime s'agissant des Etats-Unis, où l'organisation s'attend à une croissance de 2,3% cette année (contre 2,4% auparavant). Elle est plus importante au Canada, mais la progression de l'activité devrait y rester relativement soutenue ( 1,9% au lieu de 2,2%).

Au Japon, l'OCDE table désormais sur une croissance de 2,2% (contre 2% dans les précédentes prévisions publiées en mai), grâce «à la reconstruction» post-désastre qui se poursuit» après la catastrophe de Fukushima.

(ats)

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