La BD reçoit un nouveau souffle
Actualisé

La BD reçoit un nouveau souffle

Jean-Philippe Kalonji, le
dessinateur genevois de «365 Samouraïs», s'exprime sur son nouvel album.

Deux jeunes artistes genevois sortent des sentiers battus de la BD traditionnelle et renouvellent le genre avec un produit étonnant. Plus qu'une BD, c'est carrément un concept qu'ils nous offrent puisque leur produit se présente sous la forme d'un coffret contenant une BD, un livret de traduction, des cartes postales et des stickers. Il n'en fallait pas moins pour servir d'écrin à la BD qui est une petite œuvre d'art à elle toute seule; 384 pages au format OpOp (One page, One picture) et aux dimensions carte postale. Combinée à l'utilisation des gros plans et à des angles de vues particuliers, cette pagination spéciale intensifie l'impression de mouvement. Résultat: en parcourant les pages, on a presque l'impression de voir un film se dérouler sous nos yeux.

Interview lors d'une séance de dédicace à la Fnac de Lausanne de Jean-Philippe Kalonji, l'un des deux artistes du binôme de NethoProd, la maison d'édition à l'origine de «365 samouraïs».

- Jean-Philippe, qui êtes-vous?

- Je suis auteur de bande dessinée, illustrateur et artiste à mes heures.

- Ça fait longtemps que vous êtes dans la BD?

- Depuis 1991. J'ai commencé la BD à 18 ans, par passion et surtout par choix. Mes premières publications ont été publiées chez les éditions Atoz, dans un magazine romand qui s'appelle «Sauve qui peut» et qui a servi de vivier aux auteurs romands un peu connus comme Pierre Wazem ou Zep. J'ai fait un court passage aux arts décoratifs, mais c'était pas ça, donc j'ai vraiment appris sur le tas.

- Beaucoup de publications?

- J'ai eu une douzaine de publications jusqu'à maintenant, autant dans les collectifs que dans d'autres maisons d'édition. J'ai également des mandats d'illustration pour des journaux ou des magazines et j'ai fait pas mal de travaux de graphisme. J'ai été demandé pour des storys boards de films également. C'est ce qui est intéressant pour moi dans la démarche du dessin à la base de la BD, il permet vraiment d'exprimer une idée ou un scénario de façon multiple.

- Si on en vient au produit «365 samouraïs», c'est un projet qui a commencé quand?

- Il y a exactement quatre ans. Dans ma tête je me suis dit, j'aimerais bien raconter une histoire avec à chaque fois une image par page. Et j'ai eu l'idée de réaliser le OpOp [n.d.l.r.: One page, one Picture], c'est-à-dire concentrer tout une planche BD classique dans une seule image et qu'on comprenne.

- Pourquoi le titre «365 samouraïs»?

- J'avais envie déjà de dessiner une histoire avec des samouraïs car le Japon c'est un univers qui m'attire. L'idée de base est vraiment venue en créant le héros qui s'appelle Ningen, qui veut dire «l'être humain», et de le faire combattre pendant 365 jours 365 samouraïs. Mais, pour dessiner plus de 365 combats, il fallait qu'il y ait une toile de fond. Donc l'idée c'est que chaque jour est un combat pour tout le monde. Donc Ningen, qui peut être n'importe quel être humain, combat pendant une année des samouraïs dont les noms sont lundi, mardi, mercredi, etc. Il rencontre également quatre femmes. Les quatre femmes sont les quatre saisons qui vont lui apporter à chaque fois une révélation. Et tout ça dure une année et va lui permettre de se découvrir. Voilà c'est donc tout une démarche découpée par les saisons où le personnage poursuit sa quête personnelle et où il va également rencontrer un rônin mystérieux [n.d.l.r.: samouraï sans maître] au début et à la fin de sa quête.

- Donc vous êtes à l'origine aussi bien du scénario que du dessin?

- Oui, c'est juste.

- Vous êtes aussi à l'origine de la maison d'édition, Netho Prod, c'est juste?

- Oui avec Stephane Pagani, on a créé notre propre maison d'édition pour publier notre première sortie et faire quelque chose de différent. L'idée de faire un coffret était très importante pour moi, je ne voulais pas juste faire une bande dessinée classique. On voulait faire une petite œuvre d'art. On n'en a tiré que 2000 exemplaires, avec le livre au format carte postale, avec des illustrations, une figurine qui a été faite par Atakus, ceux qui travaillent pour «Star Wars», et on s'est dit on réunit le tout dans un coffret sans mettre de couverture ou de titre. Le coffret est blanc avec juste une entaille rouge.

- Il y a également un petit cahier de traduction.

- Oui, on voulait vraiment faire traduire les textes pour bien montrer que c'était une petite œuvre d'art personnelle. Donc en l'occurrence en japonais, allemand, anglais italien et espagnol. Et autour de ça, pour le vernissage, il y avait Pascal Krieger qui nous a fait une superbe calligraphie, on a eu un travail sur les kimonos, également un côté plus urbain avec des dessins de samouraïs sur des skates.

- Et ça marche bien?

- Dieu merci oui, ça a superbien démarré. Notre but est d'abord de faire la Suisse romande, puis la Suisse, puis l'international. On tourne avec notre exposition et notre prochaine date est en Afrique du Sud, où une galerie d'art contemporain nous a invités. Après, on sera à Londres. On a déjà fait Genève, Vevey, aux Quais des Arts. Donc ça commence gentiment à prendre. On va aussi avoir Tokyo en 2008. Puis on va également commencer à diffuser sur Paris, en Angleterre.

- Si ça marche aussi bien, il y aura donc bientôt une réédition?

- Alors oui, mais attention, uniquement le livre, et ce sera en couleur. On travaille avec Myriam, une supercoloriste. Le coffret, il y en a 2000, on arrête là. C'est une édition limitée.

- Il y a deux tirages de «365 samouraïs»?

- Oui, il y a le coffret normal et le coffret avec une sérigraphie. On a travaillé avec un artiste assez connu qui s'appelle Christian Humber-Droz. Il a travaillé avec Giraud, Moebius et d'autres grands noms de la BD. L'idée, aussi, c'est de nous ouvrir aux galeries en général et pas uniquement BD. Je fais pas mal de peintures dans ce sens là pour pouvoir exposer.

- En lisant votre ouvrage, on a vraiment l'impression que c'est un film.

- C'est parce que j'ai travaillé ça comme un film. Mon idée c'est de faire une adaptation ou un animé.

- Et quel a été le rôle de Stephane Pagani?

- Il a fait tout le graphisme autour du livre, la charte graphique, le site web. On est vraiment très complémentaires et on s'entend superbien.

- Sans être soutenu par une maison d'édition existante, comment vous en êtes-vous sorti financièrement?

- Alors c'est sûr que le nerf de la guerre c'est de trouver de l'argent, mais on en a trouvé grâce à des investisseurs privés qui ont cru en notre projet et qui connaissaient un peu notre travail. Je les en remercie d'ailleurs beaucoup. Ils n'ont souhaité apparaître à aucun endroit, ce sont vraiment des philanthropes qui aiment l'art pour l'art. Donc ils nous ont donné des sous et nous ont donné carte blanche pour notre travail.

- Quelles sont les prochaines étapes?

- Alors la BD en couleur, la prochaine expo au Cap, puis le Salon du livre à Genève, où on aura une surprise qui va arriver à cette occasion. Un nouveau produit Netho qui sera publié pendant le Salon du livre.

Propos recueillis par Selsa Maadi

Ton opinion