Grève chez Carrefour: La Belgique en colère contre le groupe français Carrefour
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Grève chez CarrefourLa Belgique en colère contre le groupe français Carrefour

«Nous ne sommes pas des marchandises!»: la banderole dit toute l'amertume des salariés de Carrefour en Belgique.

Ceux-ci ont suivi samedi une grève nationale après l'annonce d'un douloureux plan social par le groupe français

Le samedi est d'ordinaire le jour phare de la semaine pour les ventes du géant français de la distribution, avec une recette de 14 millions d'euros (20,5 millions de francs) en moyenne dans le pays.

Mais les portes de l'hypermarché de Haine-Saint-Pierre, dans l'agglomération de La Louvière à 50 km au sud de Bruxelles, sont restées closes.

Ses 140 employés se sont mis en grève, comme ceux des 117 autres magasins du groupe dans le pays, après la décision de la direction mardi de licencier au moins 1672 personnes, soit 11% des effectifs, et de fermer 21 hypermarchés et supermarchés déficitaires.

Une pancarte «zone de sinistre social» accueille à l'entrée les passants. Devant la porte, les grévistes, venus à quelques dizaines malgré la pluie, ont déposé une forme de cercueil en carton: leur hypermarché fait partie de la liste noire appelée à fermer définitivement.

«C'est une catastrophe sociale, un coup dur dans une région où il y a déjà beaucoup de chômeurs», lâche Alain Hanton, employé au rayon boucherie.

Ancienne ville minière sinistrée par la crise du secteur dans les 1970, La Louvière affiche un taux de chômage de 30% déjà, qui s'apprête encore à gonfler. Mauvais présage? derrière l'hypermarché, apparaît la sombre silhouette d'un terril.

«Pour retrouver du travail ça ne va pas être évident, il n'y a déjà plus rien ici», confirme Joëlle De Nutte, du rayon librairie. Elle affiche 38 ans d'ancienneté ici. Et puis «qui va vouloir m'employer à mon âge?».

L'irritation est grande en Belgique à l'égard du numéro deux mondial de la distribution. Il est accusé par beaucoup d'être venu profiter des subventions publiques il y a une décennie pour son installation -dont une partie est d'ailleurs considérée comme une aide illégale par Bruxelles et va devoir être remboursée- et de préparer une sortie bientôt définitive à présent.

«Ce sont des gangsters», s'emporte Messina Rosaria, une déléguée du syndicat Setca.

Stratégie erronée

Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné pour Carrefour en Belgique? Les employés de Haine-Saint-Pierre ont leur idée sur la question.

«Beaucoup d'entre-nous allons faire nos courses chez Colruyt», l'enseigne belge concurrente, «car c'est nettement moins cher», assène Michèle Terrier, 53 ans, pourtant chef caissière chez Carrefour.

«On est pas non plus des gogos. Carrefour s'est trompé de stratégie commerciale, en période de crise, il n'y a que le prix qui compte!», explique-t-elle.

C'est tout le problème. Carrefour s'était implanté en Belgique en 2000 en rachetant le leader du marché GB, une des deux grandes chaînes historiques belges. Mais il a été détrôné en 2008 par Colruyt, qui a bâti sa réputation en proposant des produits à prix serrés, en économisant sur la décoration et la présentation.

En attendant, les coupes claires dans les effectifs ne font rien pour améliorer l'image des entreprises françaises en Belgique. Beaucoup les accusent de vouloir tout à la fois réaliser une OPA sur le pays, comme avec l'achat de la banque Fortis par BNP Paribas ou d'Electrabel par GDF Suez, et de se montrer sans pitié sur le plan social.

(ats)

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