Première en Europe: La Belgique interdit la burqa
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Première en EuropeLa Belgique interdit la burqa

Une première en Europe. Les députés belges ont interdit jeudi le port du voile islamique intégral dans tout l'espace public y compris dans la rue.

Pour une fois unanimes, quelle que soit leur couleur politique ou leur appartenance linguistique, les députés belges ont voté par 136 voix sur 138 députés présents un texte interdisant le port du voile, non seulement dans tous les services publics, mais aussi dans l'intégralité de l'espace public y compris la rue. Il y a eu deux abstentions.

«L'image de notre pays à l'étranger est de plus en plus incompréhensible mais, au moins, par rapport à l'unanimité qui va s'exprimer au sein de ce Parlement sur ce vote interdisant la burqa et le niqab dans notre pays, il y a un élément de fierté à être Belge», s'était félicité avant le vote le député libéral Denis Ducarme.

«Nous sommes le premier pays à faire sauter le verrou qui a mis bon nombre de femmes en esclavage et nous espérons être suivis par la France, la Suisse, l'Italie, les Pays-Bas, les pays qui réfléchissent», a-t-il ajouté. Seule une toute petite partie de la communauté musulmane est concernée, le port du voile intégral étant un phénomène marginal en Belgique.

Le texte ne parle pas explicitement de burqa ou de niqab; il prévoit que les personnes qui «se présenteront dans l'espace public le visage masqué ou dissimulé, en tout ou en partie, par un vêtement de manière telle qu'ils ne soient plus identifiables» seront punis d'une amende et/ou d'une peine de prison de un à sept jours.

Des exceptions sont toutefois prévues pour les événements festifs comme les carnavals, s'ils ont été autorisés par décision municipale.

Les textes en vigueur dépassés

Certains experts ont émis des doutes sur l'utilité de cette loi. Ils ont fait remarquer que des règlements de police interdisant de cacher son visage sont déjà en vigueur dans la plupart des communes belges concernées.

Depuis un an et demi, des femmes portant un voile intégral sont régulièrement verbalisées. En 2009, 29 procès-verbaux ont été dressés par la police sur l'ensemble de la région de Bruxelles- Capitale pour port de la burqa dans un lieu public.

Selon les députés, les textes jusqu'à présent en vigueur, remontaient à l'entre-deux-guerres; ils visaient à l'origine à lutter contre les gangs pratiquant des braquages et n'étaient plus adaptés à la situation.

Deux arguments principaux ont été avancés par les législateurs: la question de la sécurité - il faut que chacun soit identifiable en tous lieux - et celle de la «dignité de la femme» et du respect des «principes démocratiques fondamentaux».

«Une prison mobile»

Le voile intégral est «une prison mobile» relevant d'une «pratique moyenâgeuse», a estimé le libéral flamand Bart Somers. La chambre haute du Parlement belge, le Sénat, devra également se prononcer sur le texte. Ce qui, compte tenu de la crise politique, pourrait prendre du temps.

La tension entre communautés linguistiques était à l'agenda plus tôt dans la journée. Les francophones ont dû avoir recours à une procédure exceptionnelle pour bloquer une tentative des partis flamands de remettre en cause leurs droits linguistiques.

Les partis francophones ont utilisé la «sonnette d'alarme», permettant de reporter le vote d'une législation portant atteinte aux intérêts vitaux d'une communauté linguistique. Le gouvernement a un mois pour faire des propositions, mais compte tenu de sa démission, le dossier sera sans doute repoussé aux calendes grecques.

Objet du litige: l'arrondissement électoral et judiciaire bilingue français-néerlandais de Bruxelles-Hal-Vivorde, dit «BHV», que les élus néerlandophones veulent «scinder». Ce qui empêcherait les quelque 130'000 francophones vivant dans la périphérie flamande de la capitale belge de continuer à voter pour des candidats de leur langue aux législatives. (ats)

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