Actualisé 03.08.2011 à 13:25

Cherté du franc suisse

La BNS intervient contre le franc fort

Pressée d'agir par de nombreuses voix ces derniers jours, la Banque nationale suisse (BNS) intervient pour contrer l'appréciation du franc.

Le président de la BNS, Philipp Hildebrand, a décidé d'intervenir.

Le président de la BNS, Philipp Hildebrand, a décidé d'intervenir.

Jugeant la situation risquée au niveau de la stabilité des prix en Suisse, la BNS réduit la marge de fluctuation du Libor de 0%-0,75% à 0%-0,25%.

ntrant en vigueur de suite, cette première mesure vise à rapprocher autant que possible de zéro le Libor pour les dépôts à trois mois en francs, le principal instrument de politique monétaire de la banque centrale, a indiqué mercredi la BNS. Constatant une accentuation de la valorisation du franc ces dernières semaines, elle juge la monnaie helvétique «extrêmement surévaluée».

Or une telle appréciation, qui pénalise les exportations des entreprises suisses, représente une menace pour l'évolution de l'économie, observe la BNS. L'institut d'émission estime d'ailleurs que les perspectives de l'économie helvétique se sont considérablement détériorées.

Depuis le dernier examen de la situation économique et monétaire, qui remonte à la mi-juin, l'horizon s'est passablement assombri pour l'économie mondiale, note la BNS. Pour mémoire, elle avait décidé à l'issue de cet examen de laisser inchangé le Libor. Le dernier assouplissement monétaire date de mi-mars 2009.

Nouveaux planchers pour l'euro et le dollar

Dans un contexte d'incertitudes quant à la reprise économique aux Etats-Unis ainsi que de craintes liées à la dette américaine et aux économies fragilisées de la zone euro, le franc tient plus que jamais son rôle de valeur refuge, avec l'or qui vole aussi de record en record.

Peu avant l'annonce de la BNS, tant l'euro que le dollar avaient glissé mercredi à un nouveau plus bas par rapport au franc. La monnaie unique passait ainsi vers 08h45 à 1,0795 franc, alors que le billet vert avait plongé dans la nuit de mardi à mercredi à 0,7642 franc.

La réaction de l'institut d'émission a entraîné un rebond de l'euro, lequel se négociait vers 15h00 à 1,1079 franc, alors que le dollar reprenait des couleurs à 0,7728 franc. L'intervention a aussi réconforté la Bourse suisse. Après une grosse déprime à l'ouverture, l'indice des valeurs vedettes Swiss Market Index (SMI) gagnait 0,73%.

Par sa décision, la BNS accepte en quelque sorte de créer de l'inflation. Un luxe qu'elle peut toutefois se permettre, la Suisse affichant le deuxième plus bas niveau de renchérissement des pays de l'OCDE derrière le Japon, avec en juin un taux de 0,6%, contre 0,4% en mai.

Mesures complémentaires

Dans le cadre de ses mesures, la BNS va augmenter ces prochains jours de manière substantielle les liquidités sur le marché monétaire en francs. Elle entend ainsi accroître les avoirs que les banques commerciales détiennent en compte de virement à la BNS. Ceux- ci passeront de près de 30 milliards de francs actuellement à 80 milliards.

Pour ce faire, l'institut d'émission met fin avec effet immédiat à ses opérations de résorption de liquidités (reverse repos) et aux Bons de la BNS arrivant à échéance. Il rachètera l'encours de ces titres jusqu'à ce que les avoirs détenus par les banques en comptes de virement aient atteint le niveau visé.

La BNS ajoute suivre «très attentivement l'évolution du marché des changes». Et la banque centrale d'indiquer qu'elle prendra, si nécessaire, d'autres mesures contre la fermeté de la devise helvétique.

Les partis saluent

Sans se faire trop d'illusions quant aux effets escomptés, politiciens et économistes ont salué le signal délivré par la BNS. Bernard Lambert, chef économiste auprès de la banque Pictet & Cie, juge les mesures «nettes», mais «limitées». Pour les experts, seule une intervention sur le marché des changes serait appropriée pour limiter l'appréciation du franc.

Si tous les partis politiques ont salué la décision de l'institut d'émission, l'UDC et le PS ont demandé des mesures supplémentaires. Alors que le premier exige du Conseil fédéral qu'il réduise les impôts, entre autres, le second réclame d'explorer des solutions alternatives comme par exemple défendre un cours fixe du franc ou l'arrimer à l'euro. (ats)

Des mesures insuffisantes, selon les économistes

Les mesures contre le franc fort prises mercredi par la Banque nationale suisse (BNS) vont dans la bonne direction, selon les économistes. Mais elles ne seront pas suffisantes, les inquiétudes autour de la zone euro et de la dette américaine persistant.

«Le ton du commentaire de la BNS est assez fort», relève Bernard Lambert, chef économiste auprès de la banque Pictet contacté par l'ats. Les mesures sont «nettes» - un taux proche de zéro et une augmentation des liquidités qui peut être perçue comme un relâchement quantitatif (QE) -, mais restent «limitées».

Sans une intervention sur le marché des changes, il est difficile de limiter l'appréciation du franc, poursuit Bernard Lambert. Et Daniel Kalt, chef économiste d'UBS, d'abonder dans le même sens: «Les mesures prises constituent un premier pas, mais des opérations sur devises sont nécessaires, l'Italie et l'Espagne restant sous forte pression».

La BNS était intervenue l'an passé déjà sur le marché des changes, mais s'était brûlée les doigts. «Le jeu n'en valait sans doute pas la chandelle à ce moment-là, alors que l'euro s'échangeait à 1,40 franc», d'après Daniel Kalt.

En revanche, au vu du niveau extrême actuellement de la monnaie européenne, l'opération serait désormais appropriée, juge l'économiste. Si le Japon faisait de même - ce sur quoi les marchés tablent -, cela pourrait favoriser une baisse du franc, ajoute Daniel Kalt.

Le Conseil fédéral salue les mesures de la BNS

Le Conseil fédéral salue les mesures prises prise par la Banque nationale (BNS) pour lutter contre le franc fort. Il s'est exprimé en ce sens lors d'une séance téléphonique tenue mercredi.

Le gouvernement a pris connaissance à cette occasion des dernières analyses du Département fédéral de l'économie sur l'évolution des cours de l'euro, la fermeté du franc suisse et leurs possibles conséquences pour l'économie du pays, indique la Chancellerie fédérale dans un bref communiqué.

Le Conseil fédéral s'était déjà entretenu par téléphone du franc fort il y a deux semaines. Malgré les appels incessants de toutes parts, il n'a pris jusqu'ici aucune mesure urgente.

Le gouvernement affirme toutefois prendre au sérieux les charges croissantes qui pèsent sur l'industrie d'exportation, le commerce de détail ou le tourisme. Le 19 juillet, il a par ailleurs appelé les entreprises suisses à répercuter les gains de change par rapport à l'euro sur les consommateurs.

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