Economie: La BNS investit dans le fossile et contourne la Constitution
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EconomieLa BNS investit dans le fossile et contourne la Constitution

Situé sur la Place fédérale à Berne, le siège de la Banque nationale suisse recèle d’immenses trésors, et des secrets plus nombreux encore.

Situé sur la Place fédérale à Berne, le siège de la Banque nationale suisse recèle d’immenses trésors, et des secrets plus nombreux encore.

Keystone/Anthony Anex

Une enquête de «L’Illustré» révèle que la Banque nationale délègue ses placements à des experts peu regardants, et perd de l’argent dans les énergies non-renouvelables.

par
RMF

Difficile de pénétrer dans le secret de la Banque nationale suisse (BNS), qui brasse des milliards et en gagne régulièrement des dizaines par année. Le magazine «L’Illustré» a essayé, et présente quelques aspects surprenants de la banque et du placement de l’argent qu’elle détient et gère au service des Suisses.

Alors que le débat fait rage autour des investissements fossiles de Credit Suisse ou d’UBS, la BNS détient pour 140 milliards de francs d’actions dans des entreprises Nord-américaines, dont près de 7 milliards dans les énergies non-renouvelables. «Entendez gaz et pétrole de schiste, charbon, sables bitumineux et uranium», précise le journal. Ceci alors que la banque est soumise à des directives et une charte qui bannissent «les investissements dans les entreprises causant de manière systématique de graves dommages à l’environnement». En outre, ces placements lui auraient fait perdre environ 1,5 milliard depuis 2014, en raison des faillites de plus en plus nombreuses dans le secteur, précise l’expert en économie et géopolitique des énergies Laurent Horvath. De nombreux autres placements, toujours en Amérique du Nord, concernent des entreprises en concurrence directe avec des firmes suisses qui peinent, elles, à lever des fonds. Interrogée par Laurent Horvath au sujet de ces investissements, la BNS n’a pas su lui répondre, puisqu’elle délègue en réalité le choix de ses placements à l’étranger à des consultants externes, qui resteront anonymes. «L’Illustré» croit cependant savoir qu’il pourrait s’agir de BlackRock, l’un des leaders mondiaux de la gestion d’actifs, qui investit notamment beaucoup dans les énergies fossiles, qui emploie désormais l’ancien président de la BNS Philip Hildebrand comme vice-président.

D’autres points relevés par le magazine se heurtent aux articles de la Constitution relatifs à la BNS. Propriété des cantons à hauteur de 55%, elle est censée leur reverser deux tiers de ses bénéfices, ce à quoi elle ne se conforme guère selon le collectif romand AAA+, actionnaire de la banque, qui estime qu’elle se fie à une convention contradictoire par rapport à la Constitution. De plus, lors des assemblées générales, le représentant d’un canton doit être son ministre des finances ou l’un de ses collègues, mais pas par un fonctionnaire, comme c’est le cas la plupart du temps. Cet aspect nuit d’ailleurs à la bonne compréhension des rouages de la banque par les exécutifs, comme en témoigne dans le journal le ministre vaudois Pascal Broulis, qui représente pourtant des actionnaires possédant plus de 3% du capital.

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