Actualisé 02.10.2008 à 07:55

Amérique du Sud

La Bolivie et l'Equateur s'inspirent de Chavez

Toutefois, la Paz et Quito ne cherchent pas à Imiter Caracas.

Les réformes constitutionnelles engagées en Bolivie et en Equateur s'inspirent de l'expérience vénézuélienne.

Mais elles ne constituent pas pour autant un calque parfait du modèle socialiste prôné par le président Hugo Chavez en Amérique latine.

Elu en 1999 à la tête du Venezuela, le chef de file de la gauche radicale avait aussitôt proposé par référendum une nouvelle Constitution, afin de renforcer le rôle de l'Etat, imité en cela par ses alliés bolivien Evo Morales et équatorien Rafael Correa.

Dans ces trois cas, «il s'agit de Constitutions qui recherchent une démocratie participative mais sans définir pour l'instant un nouveau mode de production», explique l'historienne vénézuélienne Margarita Lopez Maya.

Toutefois, contrairement au Venezuela, le nouveau texte constitutionnel équatorien, adopté dimanche dernier par référendum, tout comme celui que M. Morales veut proposer par référendum en décembre prochain en Bolivie, ne se définit pas explicitement comme «socialiste».

Le paradoxe vénézuélien

Le «socialisme du XXIe siècle» a été popularisé par le président vénézuélien, reprenant une formule lancée par le théoricien allemand Heinz Dieterich Steffan dans les années 90.

Dans son ouvrage «Hugo Chavez et le socialisme du XXIe siècle», M. Dietrich estime que le Venezuela est le pays le proche de cette nouvelle «phase de civilisation», tout en rappelant que ce dirigeant n'a pas créé, au delà des discours, une «seule institution économique post-capitaliste».

Paradoxe maintes fois souligné du socialisme à la vénézuélienne, ce riche pays pétrolier continue de vendre la moitié de son brut aux Etats-Unis, dont M. Chavez a pourtant fait la principale cible. Et la manne pétrolière, moteur de l'économie, alimente une société toujours plus consumériste, loin des discours anti-capitalistes du pouvoir.

Selon l'économiste vénézuélien José Guerra, auteur du «socialisme du XXIe siècle», cette formule s'est traduite dans les faits par des «étatisations».

Un modèle autoritaire ancien

«Quel est le modèle de Chavez ? Fidel Castro. Avec ça, tout est dit», assure-t-il. «Les processus d'Equateur et de Bolivie ne se comparent pas au Venezuela car ces pays n'ont pas les ressources pour faire comme Chavez», souligne encore M. Guerra.

Chef du parti Podemos (Nous pouvons), une formation dissidente issue des rangs chavistes, le député Ismael Garcia estime que le président vénézuélien a dévié vers «un modèle autoritaire». «Je ne vois de socialisme nulle part au Venezuela. C'est juste un modèle autoritaire ancien, un Etat qui contrôle tout et se convertit en grand capitaliste», dit-il.

En décembre 2007, M. Chavez a pour la première fois échoué dans les urnes, en tentant en vain de faire encore adopter par référendum une nouvelle Constitution, qui prévoyait un modèle d'économie socialiste, mais aussi un nombre illimité de mandats présidentiels.

Une erreur que n'a pas commise M. Correa, un jeune économiste qui a en outre pris soin d'éviter un discours trop radical et promet de faire passer les réformes en douceur.

Une seule réélection possible

De son côté, M. Morales, premier président amérindien de Bolivie, essaie aussi de négocier avec les gouverneurs autonomistes des régions riches pour faire passer sa Constitution, jugée trop «indigéniste».

Les réformes constitutionnelles en Equateur et en Bolivie n'autorisent en tout cas qu'une seule réélection possible, un thème particulièrement sensible en Amérique latine.

Directeur de la recherche et du développement législatif au parlement vénézuélien, Pedro Sassone, estime que les trois pays se ressemblent même s'il reconnaît qu'ils avancent «de manière différentes dans les changements en vue du socialisme».

Parler d'une imitation de Chavez heurte ce haut fonctionnaire du régime, selon qui ce serait «banaliser le processus» de changement et croire que «les peuples seraient manipulables».

(ats)

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