Football: La Bulgarie, un bon souvenir… romand
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FootballLa Bulgarie, un bon souvenir… romand

La Suisse romande avait vibré pour l’équipe bulgare en 1993, quand elle avait privé la France de la World Cup 1994.

par
Robin Carrel
(Sofia)
Hristo Stoichkov jubile. La Bulgarie a éliminé la France.

Hristo Stoichkov jubile. La Bulgarie a éliminé la France.

AFP

On ne va pas, ici et maintenant, refaire lhistorique des rapports amour/haine entre Romands et Français. À une époque où Antenne 2 était à peine devenue France 2 et la Romandie navait pas encore Suisse 4, les médias hexagonaux avaient le champ libre dans notre coin de pays. Alors, nous étions nombreux devant TF1, pour voir la France assurer son ticket pour la Coupe du monde de 1994 aux États-Unis.

Le 13 octobre 1993, les Bleus avaient eu une première chance de se qualifier pour la World Cup. Ils avaient besoin dun succès contre Israël et la cabane tombait sur le chien: ils seraient du voyage dans les Amériques. Sauf que rien ne sest déjà passé comme attendu et la bande de Gérard Houiller a failli au Parc des Princes (2-3). «C'est le faux pas, lénorme connerie, le truc comme il en arrive pourtant en foot à toutes les équipes tous les vingt ans», disait à lépoque le futur coach de Liverpool. Il navait pourtant encore rien vu.

Les Français ont heureusement une deuxième chance, un mois plus tard. Mieux encore, ils nont besoin que dun point pour aller rendre visite à l'Oncle Sam lété suivant. Ce serait la moindre des choses, avec un effectif impressionnant, qui compte notamment Laurent Blanc, Marcel Desailly et Didier Deschamps, mais surtout une attaque de feu: Éric Cantona, Youri Djorkaeff, Jean-Pierre Papin et David Ginola.

«S’il n’était pas revenu aussitôt sur ses paroles, ses valises seraient déjà sur le perron.»

Gérard Houiller, à propos de David Ginola

Le problème, cest que cest le feu entre ce dernier et le sélectionneur. Frustré de son temps de jeu en équipe nationale, le merveilleux ailier du PSG a mis le feu dans les médias, avant de sexcuser quelques jours plus tard. «Sil ne sagissait pas de France-Bulgarie et sil nétait pas revenu aussitôt sur ses paroles, ses valises seraient déjà sur le perron. Les partenaires de David nont pas apprécié», lâchait alors Houiller. La brouille entre les deux hommes ne faisait que commencer.

Ce 17 novembre 1993, les Bleus prennent pourtant le match par le bon bout. Cantona ouvre le score juste après la demi-heure et le Parc des Princes peut rugir. Même le 1-1 d'Emil Kostadinov inscrit cinq minutes plus tard ne paraît pas faire douter les Français. Le chronomètre avance tranquillement, trop tranquillement pour une troupe qui commence à se crisper, à force de ne pas réussir à enfiler le deuxième. Papin sort dailleurs à la 68e pour Ginola. Et là, cest le drame.

La France finit par garder le cuir et jouer un peu la montre. Elle obtient même un corner à la 89e. Mais Ginola, décidément dans tous les mauvais coups, a une crampe au cerveau. On joue la 44e minute et 42 secondes de la deuxième mi-temps et le futur joueur de Tottenham ne conserve pas le ballon dans son coin de terrain et envoie un centre pour personne, au deuxième poteau. Seize secondes plus tard, à la suite d’une récupération d’Emil Kremeliev et d’une ouverture savoureuse de Lyuboslav Penev, la Terre va sarrêter de tourner.

Le bourreau Emil Kostadinov.

Le bourreau Emil Kostadinov.

AFP

Celui qui deviendra une idole éphémère pour le peuple romand, Kostadinov, a fait taire 60 millions de sélectionneurs d’une frappe énorme sous la barre de Bernard Lama. Thierry Roland n’a même pas pu mettre la faute sur l’arbitre, le ballon ayant franchi la ligne moins de deux secondes avant la fin du temps réglementaire. «Oh lalalalalalala», envoie le mythique commentateur. «C’est la fin», ajoute son consultant Jean-Michel Larqué. En effet, les Bleus ne joueront pas ce Mondial et la Suisse jubile d’autant plus qu’elle a obtenu son billet pour une compétition qu’elle n’avait plus atteinte depuis 1966 et qu’elle avait gagnée à Sofia deux ans et demi avant.

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