Espagne: La Catalogne a gagné «le droit d'avoir un Etat»

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EspagneLa Catalogne a gagné «le droit d'avoir un Etat»

Au lendemain d'un référendum interdit en Catalogne, marqué par des violences policières, les dirigeants séparatistes évoquent une possible déclaration d'indépendance.

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Six des neuf dirigeants indépendantistes catalans emprisonnés pour leur rôle dans la tentative de sécession de la Catalogne vont être transférés dans des prisons de la région. (Lundi 2 juillet 2018)

Six des neuf dirigeants indépendantistes catalans emprisonnés pour leur rôle dans la tentative de sécession de la Catalogne vont être transférés dans des prisons de la région. (Lundi 2 juillet 2018)

AFP
L'indépendantiste Quim Torra a finalement renoncé à nommer quatre «ministres» emprisonnées ou exilés depuis la tentative de sécession de la Catalogne. (Mardi 29 mai 2018)

L'indépendantiste Quim Torra a finalement renoncé à nommer quatre «ministres» emprisonnées ou exilés depuis la tentative de sécession de la Catalogne. (Mardi 29 mai 2018)

AFP
Carles Puigdemont a annoncé d'Allemagne jeudi qu'il renonçait à redevenir le président de la Catalogne et a désigné un nouveau venu en politique, Quim Torra, candidat à sa succession. (Jeudi 10 mai 2018)

Carles Puigdemont a annoncé d'Allemagne jeudi qu'il renonçait à redevenir le président de la Catalogne et a désigné un nouveau venu en politique, Quim Torra, candidat à sa succession. (Jeudi 10 mai 2018)

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Quarante-quatre organisations - dont les principaux syndicats catalans et deux associations indépendantistes - ont appelé à une journée de grève générale et de mobilisations mardi en Catalogne.

Le président de la Catalogne Carles Puigdemont a affirmé dimanche que les habitants de sa région avaient gagné «le droit d'avoir un Etat indépendant qui prenne la forme d'une République» séparée de la monarchie espagnole après le référendum.

Dans un entretien accordé samedi, Carles Puigdemont, 54 ans, à la tête de la Catalogne depuis début 2016, avait assuré qu'en cas de victoire du «oui», il déclarerait l'indépendance de la Catalogne, région stratégique au coeur de l'Europe représentant 19% du PIB espagnol. Conscient de la situation de blocage, Carles Puigdemont en a appelé à l'Union européenne, l'enjoignant à «ne plus regarder ailleurs».

Dialogue de sourds

Selon l'exécutif catalan, le oui à un «Etat indépendant sous forme de République» l'a emporté à 90%, avec 2,26 millions de voix et un taux de participation de 42,3%.

L'annonce a été accueillie par des «hourras» et des pétards dans le centre de Barcelone où quelques milliers de séparatistes s'étaient rassemblés.

En face, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a, lui, estimé qu'il n'y avait «pas eu de référendum d'autodétermination en Catalogne». Cette consultation n'a été qu'une «une simple mise en scène».

Elle est jugée illégale par le Cour constitutionnelle car elle n'était assortie d'aucune des garanties nécessaires: aucune commission électorale n'a supervisé l'organisation, le recensement n'était pas transparent, le vote n'était pas secret, etc.

Rupture du vivre-ensemble

Sans le nommer, Mariano Rajoy a désigné Carles Puigdemont comme l'un des responsables des événements de la journée. Il estime que celui-ci a promu «la violation de la loi et la rupture du vivre-ensemble». «Ne cherchez pas d'autre coupables, il n'y en a pas».

Et les sanctions judiciaires pourraient tomber. Carles Puigdemont et l'ensemble de l'exécutif catalan sont déjà visés par une enquête pénale pour «désobéissance, prévarication et détournement de fonds publics», en lien avec l'organisation du référendum.

Certains ont aussi appelé à l'utilisation par Madrid de l'article 155 de la Constitution qui lui permet de suspendre l'autonomie de la Catalogne.

Cette confrontation politique est considérée en Espagne comme la pire crise politique vécue par le pays depuis le Coup d'Etat militaire avorté de 1981.

Voter, un droit

Dimanche, les images d'interventions musclées de la police contre des Catalans qui refusaient d'évacuer les centres de vote ou qui manifestaient ont fait le tour des réseaux sociaux et des chaînes de télévision.

Déployées en masse par le pouvoir central afin d'empêcher la tenue du référendum, les forces de l'ordre sont parfois intervenues à coups de matraque et de balles de caoutchouc. Par endroits, les unités anti-émeutes ont chargé la foule massée autour des bureaux de vote.

En signe de protestation, le FC Barcelone a joué dimanche à huis clos. «Dans ce pays, pendant de nombreuses années, on a vécu sous le franquisme (dictature entre 1939 et 1975, NDLR), les gens ne pouvaient pas voter et c'est un droit que nous devons défendre», a affirmé le défenseur Gerard Piqué, qui a éclaté en sanglots après le match.

Plus de 800 blessés

Selon le gouvernement régional, les charges policières ont amené 844 personnes à solliciter une assistance médicale. Deux ont été blessées grièvement: un homme de 70 ans victime d'un infarctus et un blessé à l'oeil. Le ministère de l'Intérieur a de son côté annoncé qu'au moins 33 policiers avaient été blessés, certains ayant essuyé des jets de pierres.

Les forces de sécurité sont intervenues dans au moins 92 bureaux de vote pour saisir le matériel électoral. Malgré ces interventions, de nombreux Catalans ont voté à Barcelone et ailleurs.

L'indépendantisme n'a cessé de grandir en Catalogne depuis le début des années 2010, alimenté par la crise économique et l'annulation partielle d'un statut qui conférait à la région de très larges compétences.

Mais pour la maire de gauche de Barcelone, Ada Colau, qui, comme 80% des catalans était pour un référendum d'autodétermination, les séparatistes ne pourront pas proclamer «tous seuls» une indépendance que personne ne leur reconnaîtrait. Elle, a voté blanc. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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