Actualisé 18.12.2013 à 18:40

New York

La «cave magique» contenait de la piquette

Le collectionneur et marchand de vins indonésien Rudy Kurniawan a été reconnu coupable mercredi à New York de contrefaçons de grands vins français.

Après moins de deux heures de délibération, les 12 jurés ont reconnu Rudy Kurniawan, 37 ans, coupable des deux chefs d'accusation retenus contre lui. Il risque un maximum de 40 ans de prison et une amende. Il est resté de marbre à l'énoncé du verdict. Un juge fédéral prononcera sa peine le 24 avril prochain.

Lors du procès, entamé le 10 décembre, l'accusation avait produit une foison d'éléments à charge contre celui qui était encore il y a quelques années adulé comme l'un des plus grands experts de vins au monde. Elle avait montré à l'audience fausses bouteilles de grands crus, fausses étiquettes, cire, tampons et cahiers de notes retrouvés chez Kurniawan, ainsi que des photos et emails.

L'accusation avait expliqué comment Kurniawan récupérait soigneusement les bouteilles anciennes, faisait ses mélanges à partir de vins moins chers, étiquetait, scellait et vendait ses fausses bouteilles avec de grands crus authentiques. C'était un «faussaire de vins prolifique, qui, dans sa cuisine en Californie, avait assemblé tout ce dont il avait besoin», avait déclaré mardi lors de son réquisitoire le procureur Joseph Facciponti.

«Cave magique»

Kurniawan disait avoir «une cave magique, dont il a vendu les vins à des victimes partout dans le monde. Mais il n'y avait pas de magie, seulement les mensonges de l'accusé», avait-il ajouté, rappelant que Kurniawan avait ainsi gagné des millions de dollars. «Cette affaire est une affaire de mensonges et de cupidité», avait-il insisté.

L'accusation a cité une quinzaine de témoins, dont plusieurs experts en vins et trois vignerons de grands crus de Bourgogne français, victimes de l'Indonésien. L'un d'eux, Laurent Ponsot, a confié mercredi qu'il était «satisfait, mais pas heureux» du verdict. «Satisfait parce qu'il est condamné, mais pas heureux que le vin ait été présenté sous cette lumière», a-t-il expliqué.

C'est une vente de vins du Domaine Ponsot, prévue en avril 2008 à New York, qui avait scellé la chute de Kurniawan. Presque toutes les bouteilles étaient fausses. Vivant illégalement aux Etats-Unis depuis qu'une demande d'asile lui avait été refusée en 2003, il avait été arrêté en mars 2012 en Californie.

«Dr Conti»

Surnommé «Dr Conti», en raison de sa passion pour le Romanée- Conti, Kurniawan, au passé inconnu, avait construit son ascension sur un excellent palais, une mémoire prodigieuse des vins, et une générosité sans limite pour les collectionneurs et experts qu'il régalait volontiers de ses meilleures bouteilles.

En 2006, il avait proposé 12'000 bouteilles lors de deux ventes aux enchères à New York, vendues pour 35 millions de dollars. Un expert, Michael Egan, a témoigné que des dizaines de lots contenaient des vins contrefaits.

A l'époque, Kurniawan menait la grande vie, dépensant des millions de dollars par an, collectionnant les montres, voitures, et oeuvres d'art. Mais le procès a révélé qu'en 2007, il devait 10 millions de dollars, principalement à la maison d'enchères qui vendait ses vins à New York.

La défense, qui n'a présenté qu'un seul témoin, a en vain plaidé la bonne foi, affirmant que Kurniawan n'avait jamais cherché à tromper personne.

«Manque d'éducation»

Vu les quantités de bouteilles de vins qu'il achetait et revendait, " à un moment, il allait commencer à acheter de fausses bouteilles», dans un marché où la contrefaçon est «endémique», avait déclaré mardi son avocat Jerome Mooney. Celui-ci a affirmé que son client n'était «pas assez éduqué pour voir la différence».

Face aux photos de ce qui avait été retrouvé chez lui, il avait tenté de minimiser et d'expliquer que Kurniawan avait effectivement reconditionné certains vins chez lui, «pour les protéger».

L'ampleur totale de ses contrefaçons, une opération «massive» selon les procureurs, reste inconnue.

Plus de 1000 bouteilles de grands crus contrefaits, dont des Bourgognes des domaines de la Romanée-Conti, Ponsot ou Roumier, et des Bordeaux Chateau Petrus -, achetées par sept collectionneurs pour des millions de dollars, ont été attribuées à Kurniawan. La question d'éventuelles complicités, dans cette activité particulièrement lucrative, n'a pas été abordée au procès. (ats)

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