Politique - La censure du gouvernement enfonce la Libye dans le chaos
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PolitiqueLa censure du gouvernement enfonce la Libye dans le chaos

À trois mois d’élections censées ramener un peu de calme, le parlement libyen a voté, mardi, une motion de censure contre le gouvernement, suscitant de grandes craintes.

À trois mois des élections, le premier ministre libyen, Abdelhamid Dbeibah, se retrouve dans une position inconfortable.

À trois mois des élections, le premier ministre libyen, Abdelhamid Dbeibah, se retrouve dans une position inconfortable.

AFP

Le parlement libyen a voté, mardi, une motion de censure contre le gouvernement de transition du premier ministre Abdelhamid Dbeibah, aggravant les différends entre camps rivaux, à trois mois d’élections censées mettre fin à une décennie de chaos. En effet, depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi, en 2011, la Libye est en proie à des violences et à des luttes entre pouvoirs rivaux dans l’est et l’ouest du pays.

Moins de deux semaines après la ratification d’une loi électorale controversée, favorisant l’homme fort de l’est, Khalifa Haftar, au grand dam des autorités de Tripoli (ouest), la motion de censure a été votée par 89 députés sur les 113 présents, a annoncé le porte-parole du parlement, Abdallah Bliheq.

«Nous ne serons pas du côté de ceux qui veulent la destruction. Je dis non à la guerre, oui aux élections pour une Libye unie.»

Abdelhamid Dbeibah, premier ministre libyen

Après l’embellie du début d’année et l’avènement d’un nouveau gouvernement d’union, la Libye replonge ainsi dans l’incertitude, rendant les élections législatives et présidentielles, prévues le 24 décembre, plus que jamais hypothétiques. Le vote a eu lieu au cours d’une séance à huis clos, en présence du président du parlement, Aguila Saleh, un cacique de l’Est libyen et allié de poids du maréchal Haftar.

Commission d’enquête

«Je réaffirme notre détermination à poursuivre ce que nous avons commencé», a réagi le premier ministre, Abdelhamid Dbeibah, depuis la ville de Zawia (ouest). «Nous ne serons pas du côté de ceux qui veulent la destruction. Je dis non à la guerre, oui aux élections pour une Libye unie.» Au même moment, quelques dizaines de personnes étaient rassemblées dans le centre de Tripoli pour proclamer leur soutien au gouvernement de transition.

La veille, le parlement avait annoncé la mise en place d’une commission d’enquête pour questionner le gouvernement, notamment sur des accords qu’il a passés, ses dépenses et des nominations auxquelles il a procédé.

«La boussole est celle des élections»

Le Haut Conseil d’État libyen (HCE), instance faisant office de Sénat basée à Tripoli, a souligné son «rejet de la procédure» de censure, jugeant cette démarche «nulle» et «en violation de la Déclaration constitutionnelle et de l’accord politique» de 2015. «La boussole sur laquelle s’appuie le HCE est celle des élections. Notre objectif, c’est la tenue de ces élections. Nous ne souhaitons pas donner autant d’importance à tout ce qui peut entraver cet objectif», a déclaré le président du HCE, Khaled el-Mechri, en visite à Rabat.

Le quorum requis pour le vote d’une motion de censure ou de confiance est de 120 députés, selon la loi sur le règlement intérieur du parlement de 2014. Le cabinet actuel ne sera pas remplacé, mais devient un «gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes», selon le porte-parole du parlement.

«Confusion» et «incertitude»

Le chercheur de Libya Outlook, Mohamed Eljarh, a estimé, sur Twitter, que le vote du parlement constituait «une escalade majeure» susceptible de «renforcer la confusion et l’incertitude», au moment où le pays se trouve à «un tournant critique».

Après la fin des combats entre camps rivaux, à l’été 2020, un gouvernement unifié et transitoire dirigé par Abdelhamid Dbeibah, un homme d’affaires, a été formé en mars pour mener la transition d’ici au double scrutin prévu en décembre.

Article favorable aux militaires

La formation de ce nouveau cabinet au terme d’un processus politique parrainé par l’ONU avait offert une lueur d’espoir. Surmontant les années de guerre, le gouvernement d’Abdelhamid Dbeibah avait obtenu, en mars, le vote de confiance au parlement et pu prendre ses fonctions sans heurt dans la capitale. Aux côtés d’un Conseil présidentiel de trois membres, il avait été chargé d’unifier les institutions, de sortir le pays d’un conflit internationalisé et de mener à bien la transition.

Mais, depuis, le parlement n’a jamais organisé de vote sur le budget du gouvernement, tandis que les divisions ont rapidement refait surface. Dernier épisode en date, la ratification, le 9 septembre, d’une loi électorale manifestement taillée sur mesure pour Khalifa Haftar.

Signé par le chef du parlement sans être soumis à un vote, le texte a été accueilli par un déluge de critiques de députés et d’autres instances écartées du processus législatif. L’article qui concentre les critiques stipule qu’un militaire peut se présenter à la présidentielle à condition d’abandonner «ses fonctions trois mois avant le scrutin. S’il n’est pas élu, il pourra retrouver son poste et recevoir ses arriérés de salaire».

(AFP)

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