Actualisé 04.06.2009 à 20:40

InternetLa chasse au piratage de musique et films est ouverte

Le Tribunal administratif fédéral (TAF) donne son feu vert à la traque menée par la société Logistep contre le piratage de musique et de films sur Internet.

Il a désavoué le Préposé fédéral à la protection des données.

La chasse à laquelle se livre Logistep peut susciter certaines réserves, admettent les juges fédéraux. Elle reste néanmoins le seul moyen efficace pour lutter contre le piratage sur Internet.

Pour débusquer les internautes coupables de piratage, Logistep recherche le numéro Internet (adresse IP) des personnes qui mettent gratuitement à disposition sur la toile des fichiers musicaux ou vidéos. La société transmet ensuite ces données aux sociétés détentrices des droits d'auteur ou à leurs représentants, qui déposent plainte.

Donnée protégée

Dans une recommandation de janvier 2008, le Préposé fédéral à la protection des données avait exigé de Logistep qu'elle renonce à sa traque, à défaut de base légale. Selon le préposé, une telle activité porte atteinte aux droits de la personnalité des internautes, l'adresse IP constituant une donnée protégée.

Saisi d'une requête de Logistep, le TAF ne partage que partiellement ces réserves. Il admet que l'activité de Logistep a un caractère discutable dès lors que les personnes concernées ignorent tout des informations qui sont récoltées sur leur compte.

Pas d'autre possibilité

Le TAF considère toutefois que la fin justifie les moyens. Car il n'y a guère d'autres possibilités permettant de lutter contre cette forme de piratage. Il ne serait pas acceptable de fermer les yeux et de permettre aux internautes coupables d'actes de piratage d'éviter toute action en justice.

Une base légale explicite n'est pas indispensable, selon le TAF, dès lors que Logistep agit dans un cadre purement privé. De plus, l'intérêt public à lutter contre le piratage prédomine. Il l'emporte sur l'intérêt privé des internautes à protéger leurs données. Le verdict peut être attaqué dans un délai de trente jours auprès du Tribunal fédéral (Arrêt A-3144/2008 du 27 mai 2009)

Réaction

L'avocat valaisan Sébastien Fanti, spécialisé dans le droit des nouvelles technologies, réagit vigoureusement à cette décision: «Je suis stupéfait d'apprendre que le Tribunal administratif fédéral considère que la traque dans ces conditions est légale alors même que les autres pays en Europe sont contre. Les intérêts de la Suisse sont mis en péril!»

Me Fanti s'insurge contre les 5 juges: «Je ne parle pas du fond, mais de la forme. Le temps mis pour prendre cette décision, soit plus de quinze mois, est une honte! Ces magistrats sont incompétents. Avant de décider, ils ont encore dû se familiariser avec internet. J'appelle les internautes à protester. Nous allons déposer un recours.»

Anne-Catherine Renaud/ats

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