Actualisé 03.02.2011 à 17:43

Heurts en Egypte

La chasse aux journalistes est ouverte

Battus, interpellés, intimidés, de nombreux journalistes couvrant les affrontements meurtriers au Caire, en Egypte, se plaignent de violences croissantes contre eux.

Reporters sans frontière (RSF) à Paris est toujours sans nouvelle de l'envoyé spécial du journal «Le Temps» enlevé mercredi au Caire. Un second journaliste aurait été séquestré. Vingt- cinq cas de violences contre des reporters ont été recensés, a indiqué jeudi RSF.

Interrogée par l'ATS, l'organisation de défense de la liberté de la presse, basée à Paris n'a reçu jeudi aucune nouvelle du journaliste belge Serge Dumont, enlevé mercredi à midi dans le quartier populaire de Choubra, au centre du Caire.

Serge Dumont est correspondant pour «Le Temps» et les quotidiens belge «Le Soir» et français «La Voix du Nord». Il aurait été «emmené par des personnes en civil, non identifiées, alors qu'il était en reportage», a relaté jeudi «Le Temps».

Campagne «arbitraire»

Le reporter a pu avoir un bref contact téléphonique avec la rédaction du «Soir» mercredi. «C'était musclé, violent. J'ai reçu une volée de coups à la figure. Ils prétendaient que j'étais un pro- Baradei. J'ai ensuite été emmené chez les militaires, dans l'une des casernes à la sortie de la ville», a-t-il raconté, cité dans un communiqué du journal belge.

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) a appelé mercredi à la libération immédiate de M. Dumont. Les accusations d'espionnage portées contre lui «sont absurdes et prouvent la nature arbitraire de cette arrestation», a réagi le président de la FIJ, Jim Boumelha.

En Suisse, la plus importante association professionnelle de journalistes, Impressum, a dénoncé jeudi «les violences infligées aux journalistes qui couvrent les manifestations». Impressum demande «aux autorités égyptiennes de protéger les journalistes qui font un travail important pour la démocratie».

Journalistes cloîtrés à l'hôtel

Un autre journaliste, proche de la chaîne de télévision arabe «Al- Arabiya», aurait lui été enlevé mercredi près de la place Tahrir au Caire, a indiqué mercredi soir l'organisation Committee to Protect Journalists (CPJ) à New York.

Pour Mohamed Abdel Dayem, coordinateur du CPJ pour le Moyen- Orient et l'Afrique du nord, «le gouvernement égyptien s'emploie stratégiquement à éliminer tout témoin gênant». L'organisation a dressé sur son site internet les cas recensés de violence.

Selon le décompte de Reporters sans frontières, 25 cas de violences contre des journalistes ont été enregistrés depuis mercredi au Caire. Pour Gilles Lordet de RSF, «la plupart des journalistes qui couvrent actuellement la crise sur place sont cloîtrés à l'hôtel où, dit-il, des contrôles auraient été effectués jeudi».

Parmi les intimidations subies par les représentants de la presse depuis mercredi, Reporters sans frontières a répertorié «des cas d'invectives, des coups de pied, des jets de pierre, des passages à tabac, du matériel cassé.

Reporters français malmenés

Une dizaine de journalistes de médias français ont aussi été arrêtés mercredi et jeudi, a déclaré jeudi le ministère français des Affaires étrangères. Certains d'entre eux sont encore incarcérés. Parmi les reporters français appréhendés figurent des employés de TF1, France 24, ainsi que des quotidiens «Libération» et «Le Figaro». Une équipe de France 2 a aussi essuyé des coups de feu avant d'être évacuée vers un hôpital militaire du Caire.

La chaîne de télévision franco-allemande Arte était également sans nouvelles de l'un de ses journalistes, envoyé spécial au Caire. Il aurait été arrêté par l'armée égyptienne.

La télévision publique polonaise TVP a annoncé qu'au moins cinq de ses journalistes avaient été arrêtés par la police. Deux d'entre eux, des cameramen, ont été relâchés. Un journaliste turc a aussi été battu et un autre molesté à proximité de la place Tahrir, a rapporté l'agence turque Anatolie.

Lundi soir, la Télévision suisse romande (TSR) avait déjà fait état de violences contre un de ses journalistes et surtout un de ses cameramen, pris à partie par la foule dans un quartier du Caire. Le cameraman a été blessé à la main et sa caméra abîmée.

(afp)

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