Actualisé 28.04.2020 à 10:21

Coronavirus

La Chine a installé des caméras même chez les habitants

Plusieurs Chinois placés en quarantaine ont constaté que des dispositifs de surveillance avaient été installés devant leur logement. Dans certains cas plus rares, des caméras ont été placées à l’intérieur des habitations.

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Le lendemain de son retour à Pékin, Ian Lahiffe a constaté avec effarement qu’une caméra de surveillance était en train d’être installée devant la porte de son appartement. Son objectif était braqué droit sur lui. Après un voyage dans le sud de la Chine, l’expatrié irlandais de 34 ans et sa famille venaient d’entamer une quarantaine de deux semaines, une mesure obligatoire instaurée par les autorités pékinoises pour limiter la propagation du coronavirus. «Avoir une caméra devant sa porte crée une érosion incroyable de la vie privée. Cela me paraît être une énorme récolte de données. Et je ne sais pas dans quelle mesure c’est légal», explique le père de famille à CNN.

Aucune annonce officielle n’a été faite en Chine concernant l’installation de caméras devant les domiciles de gens placés en quarantaine. Mais depuis février, cette méthode est appliquée dans plusieurs villes du pays, selon des témoignages récoltés par la chaîne américaine ainsi que des publications sur les réseaux sociaux et des déclarations gouvernementales.

Un assistant social et un policier à sa porte

La Chine ne dispose actuellement d’aucune loi nationale spécifique pour réglementer l’utilisation des caméras de surveillance, mais ces appareils font déjà partie intégrante de la vie publique: ils sont souvent là pour surveiller les gens qui traversent la rue, entrent dans un centre commercial, mangent au restaurant, montent dans un bus ou s’assoient dans une classe d’école. Selon IHS Markit Technology, la Chine comptait environ 349 millions de caméras de surveillance en 2018, soit près de cinq fois plus qu’aux Etats-Unis.

Avec la pandémie, ces engins font plus que jamais partie du quotidien des Chinois. Dans quelques cas plus rares, des caméras ont carrément été installées à l’intérieur des logements. C’est le cas de William Zhou*, un fonctionnaire domicilé à Changzhou (est). Fin février, alors qu’il rentrait de sa province natale de l’Anhui, l’homme s’est retrouvé face à un travailleur social et un policier. Les deux hommes sont entrés chez lui et ont installé une caméra sur une de ses armoires, l’objectif orienté vers sa porte d’entrée.

La caméra a eu un gros impact psychologique sur moi

Un habitant de Changzhou

Réticent, William a demandé à l’assistant social ce que l’engin allait enregistrer, et l’individu lui a montré les images sur son smartphone. «J’étais dans mon salon et la caméra m’avait clairement dans son champ de vision», assure-t-il. Furax, le Chinois a cherché à savoir pourquoi la caméra ne pouvait pas être placée à l’extérieur, et le policier lui a répondu qu’elle pourrait être vandalisée. Malgré les vives protestations de l’habitant, la caméra est restée sur son meuble.

Contactées par William, les autorités locales lui ont assuré que ce dispositif ne prenait que des images fixes lorsque la porte bougeait et qu’elle n’enregistrait ni audio, ni vidéo. Pas de quoi rassurer l’habitant: La caméra a eu un gros impact psychologique sur moi. J’essayais de ne pas passer de coups de fil, par peur que l’on enregistre mes conversations. Je m’inquiétais tout le temps, même quand j’allais me coucher, témoigne-t-il.

Le ministère de la Sécurité publique chinois a refusé de répondre aux questions de la chaîne américaine.

*Pseudonyme utilisé par CNN

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91 commentaires
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A

30.04.2020 à 19:17

Le gouvernement Français a passé des accords avec le gouvernement chinois !!

L.I.Berthé

29.04.2020 à 11:51

Quelle différence avec les pays "démocratiques" où les citoyens se filment eux-mêmes afin de publier leurs chefs d'oeuvre sur les réseaux sociaux? La différence, c'est qu'en dictature, l'Etat espionne les habitants à ses propres frais, alors qu'en démocratie il les incite à s'espionner eux-mêmes en exploitant leur abyssale bêtise et en agitant devant leurs yeux d'enfants un fantôme de liberté.

NAOMI KLEIN

29.04.2020 à 11:42

la stratégie du choc