Grèce - La chute d’Aube dorée et le combat d’une mère endeuillée portés à l’écran
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GrèceLa chute d’Aube dorée et le combat d’une mère endeuillée portés à l’écran

Pavlos Fyssas était un rappeur grec antifasciste, tué par des militants d’Aube dorée en 2013. Un film, centré sur sa mère, raconte la chute du parti d’extrême droite.

L’assassinat du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas, le 18 septembre 2013, a secoué la Grèce et continue de l’émouvoir.

L’assassinat du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas, le 18 septembre 2013, a secoué la Grèce et continue de l’émouvoir.

Reuters

«Pavlos était mon enfant, notre enfant, il aimait la vie, il voulait être libre.» Magda Fyssas a perdu son fils, rappeur antifasciste, assassiné en 2013 par un cadre d’Aube dorée. Son combat acharné, au centre d’un film-documentaire, fut déterminant dans la condamnation du parti néonazi grec.

Le visage marqué par le deuil, la mère de Pavlos Fyssas, petit bout de femme toujours vêtue de noir, est devenue la figure emblématique d’un procès historique de près de six ans, sans lequel le parti néonazi, alors troisième force politique au Parlement grec, continuerait à agir en toute impunité.

«Un assassinat politique»

Ses larmes, ses cris de colère, ses poings serrés rythment le nouveau film de la journaliste réalisatrice Angélique Kourounis, «Aube dorée: l’affaire de tous», primé début juillet au festival du documentaire de Thessalonique.

Car comment «imaginer que cela puisse arriver? Tu ne peux pas croire que ton pays en soit arrivé à ce que des nazis déferlent dans les rues et tuent en pleine journée», s’exclame Magda Fyssas en préambule. «Jamais je n’avais imaginé que je puisse perdre mon fils, tué en 2013 par les nazis. Non, c’est un assassinat politique», confie-t-elle dans le film.

Cinquante militants d’Aube dorée poursuivis

C’est ce credo qui l’a guidée dans sa bataille judiciaire, dès la mort de son fils, le 18 septembre 2013, à Keratsini, près d’Athènes, poignardé à l’âge de 34 ans pour ses chansons engagées. Et c’est cet assassinat qui a braqué les projecteurs sur les multiples violences du parti néonazi et conduit à l’ouverture de poursuites contre le meurtrier, mais aussi contre plus d’une cinquantaine de dirigeants et anciens députés du parti néonazi.

La joie de Magda avait fait le tour du monde, poignante et sincère, quand la Cour d’appel d’Athènes a qualifié Aube dorée d'«organisation criminelle», le 7 octobre 2020, alors que la foule acclamait le verdict tombé sept ans après le meurtre du musicien. «Pavlos, tu as réussi», avait-elle crié à la sortie du tribunal, les bras au ciel.

Le chef d’Aube dorée, Nikos Michaloliakos, et ses principaux acolytes dorment désormais en prison, pour des peines de dix à treize ans de prison.

Deux heures de film pour cinq ans et demi de procès

Dans son deuxième opus, après «Aube dorée: une affaire personnelle», en 2016, Angélique Kourounis retrace pendant près de deux heures le procès historique, la pression d’une mère qui mène la bataille aux côtés de ses avocats, sa patience aussi dans l’attente «de la vérité».

Cinq ans et demi de procès défilent au gré des manifestations. D’un côté, les bottes qui claquent, les chemises noires et l’hymne paramilitaire d’Aube dorée. De l’autre, les manifestants qui défilent aux cris de «Plus jamais le fascisme» et «Pavlos vit».

«Tous une dette envers Pavlos»

Dans la salle du tribunal, l’infatigable Magda Fyssas tient tête aux militants d’Aube dorée. En tête des cortèges, applaudie par des Grecs en larmes aux balcons, elle marche, lunettes noires, sous des banderoles à l’effigie du rappeur tué. «Personne ne me doit rien à moi, nous avons tous une dette envers Pavlos», estime-t-elle.

«Mon combat est bien rendu dans le film…»

Magda Fyssas, mère de Pavlos, rappeur assassiné par un militant d’Aube dorée

En découvrant les images du documentaire, lors d’une projection privée, cette semaine, à Athènes, Magda s’effondre à la vue du corps ensanglanté de son fils. «Pour moi c’est toujours aussi dur», confie-t-elle. «Je n’ai jamais perdu les émotions que j’ai eues toutes ces années. Je n’ai jamais oublié. Mon combat personnel est bien rendu dans le film», résume-t-elle sobrement.

Un tournage sous haute tension, ponctué de violences à l’égard du journaliste preneur de son Thomas Jacobi, agressé par des militants d’Aube dorée pour avoir enquêté sur le parti néonazi. Toute l’équipe du documentaire part en tournée en France début août, avant une projection en septembre à Keratsini, pour le huitième anniversaire de la mort de Pavlos Fyssas.

(AFP)

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