Intervention en Libye: La coalition change de cibles, Kadhafi aussi
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Intervention en LibyeLa coalition change de cibles, Kadhafi aussi

Les forces pro-Kadhafi ont bombardé mercredi un hôpital de la troisième ville de Libye, et la coalition internationale a frappé une base militaire à l'est de Tripoli.

Les avions de la coalition ont lancé mercredi plusieurs attaques à Misrata, où seize personnes ont été tuées par des tireurs isolés, à et à l'est de la capitale libyenne. L'OTAN a elle entamé des patrouilles alors que les combats entre fidèles à Mouammar Kadhafi et rebelles ont fait rage près d'Adjabiya.

Le colonel Kadhafi a fait mardi soir à Tripoli sa première apparition en public depuis le début de l'attaque de la coalition, à qui il a promis la défaite.

«Cet assaut est mené par une bande de fascistes qui finiront dans les poubelles de l'histoire», a-t-il dit.

La puissance de feu des armées occidentales a cloué au sol les avions libyens et stoppé l'avancée des troupes kadhafistes vers Benghazi, fief du soulèvement de la mi-février.

Dizaines de tués évoqués

Il n'y a pas eu de victimes civiles signalées après ces frappes, a affirmé mercredi le contre-amiral américain Gerard Hueber.

«L'armée de l'air n'existe plus dans les faits en tant que force de combat», a dit un haut gradé de l'aviation britannique, affirmant que la coalition pouvait désormais «opérer avec une quasi-impunité dans toute la Libye».

Mercredi soir, une forte explosion a eu lieu sur une base de l'armée de terre libyenne dans la région de Tajoura à 32 km à l'est de Tripoli, ont dit des témoins à l'AFP. L'agence officielle JANA a ensuite évoqué une seconde attaque dans cette région.

«Nombre important» de victimes civiles

Les raids de la coalition internationale sur la banlieue est de Tripoli mercredi soir ont «visé un quartier résidentiel», faisant un «nombre important de morts parmi les civils», a rapporté l'agence officielle libyenne Jana.

«Les bombardements de l'agresseur colonialiste croisé dans la région de Tajoura à Tripoli ont pris pour cible un quartier résidentiel (...), faisant un nombre important de morts parmi les civils», a indiqué l'agence citant une source militaire.

L'agence avait indiqué qu'un «troisième bombardement» de la coalition a «pris pour cible les sauveteurs qui était à l'oeuvre pour extraire les morts et blessés suite aux deux premiers raids sur un quartier résidentiel de la région» de Tajoura.

Désastre humanitaire

À Misrata, selon plusieurs témoignages, un désastre humanitaire est en cours et les bombardements des chars de Kadhafi ont fait des dizaines de tués depuis lundi. Selon les insurgés, seize personnes ont été tuées mercredi par des tireurs isolés et les chars ont bombardé le principal hôpital de la ville.

Les bombardements aériens de précision peuvent être dirigés à longue distance par électronique et utilisent les informations de rebelles sur le terrain ou des missions de reconnaissance.

Appel

Un amiral de l'US Navy a annoncé mercredi que les avions occidentaux allaient davantage viser les chars de Kadhafi. «Nous sommes autorisés (...) à attaquer ces chars. C'est donc ce genre de cibles que notre aviation va viser», a dit Peg Klein, commandant du groupe expéditionnaire à bord de l'USS Kearsarge, navire américain au large de la Libye.

L'offensive de l'armée régulière s'est toutefois poursuivie à Zentane, une petite ville proche de la frontière tunisienne.

Le responsable d'un camp d'entraînement des insurgés près de Benghazi demande davantage aux Occidentaux que des frappes aériennes. «Nous avons besoin de munitions. Nous avons besoin d'armes. Car nous n'avons pas assez pour avancer vers l'ouest, vers Tripoli et Syrte», a expliqué Faouzi Bouktif à Reuters.

Les insurgés sont bloqués dans leur contre-offensive par la présence de blindés à l'entrée d'Ajdabiya, un carrefour stratégique à 160 km au sud de Benghazi dont ils avaient été chassés la semaine dernière. «Ce n'est même plus Ajdabiya. C'est une ville fantôme, morte, détruite», a dit Faraj Ali, un combattant rebelle.

Tirs

Une colonne de fumée s'élevait mercredi au-dessus de la ville et des bombardements et des tirs intermittents étaient entendus, a constaté un journaliste de l'AFP sur place.

Un groupe de combattants rebelles positionnés à 9 km de l'entrée d'Ajdabiya a lui affirmé que onze chars étaient stationnés à l'entrée est de la ville.

En soirée, la chaîne de télévision Al-Arabiya a fait état d'attaques par la coalition contre la complexe officiel de Mouammar Kadhafi dans cette ville.

La ville est sans électricité depuis une semaine et les corps pourrissent à la morgue, a dit une famille fuyant l'endroit.

Faraj Ali se désespère de l'attitude des dirigeants rebelles à Benghazi. «Pour être franc, ça ne sert à rien de demander quelque chose au Conseil national libyen. Nous voulons l'aide des Occidentaux. Sans eux, les hommes de Kadhafi seraient à Benghazi», a- t-il constaté.

Accord évoqué

Les dirigeants rebelles cherchent toutefois à s'organiser et ont chargé Mahmoud Jabril, un réformateur libyen, de former un gouvernement d'intérim. L'universitaire Ali Tarhouni a été désigné «ministre des Finances».

Alors que des experts s'inquiètent d'un risque d'enlisement du conflit, que le débat enfle aux Etats-Unis sur la durée et le coût de cette mission, les pays de l'OTAN n'ont pas trouvé d'accord pour que l'Alliance prenne le commandement de la zone d'exclusion aérienne.

Six navires de l'Alliance atlantique soutenus par l'aviation ont commencé à patrouiller au large de la Libye pour mettre en oeuvre l'embargo sur les armes décidé par les Nations unies, a-t-elle indiqué mercredi.

(ats/afp)

Deux tiers des Français approuvent l'intervention en Libye

Deux tiers des Français (66%) se disent favorables à l'intervention de la coalition internationale en Libye, contre 34% qui la désapprouvent, selon un sondage Ifop paru mercredi dans le quotidien France-Soir.

Une précédente enquête réalisée les 3 et 4 mars, soit plus de deux semaines avant l'intervention, affichait des résultats inverses avec une majorité hostile à 63%, 36% étant favorables et 1% sans opinion.

En Grande-Bretagne, selon un sondage diffusé lundi, une majorité (53%) juge que les soldats de sa Majesté ne devraient pas risquer leur vie pour venir en aide aux forces d'opposition en libye, tandis que 43% désapprouvent les frappes contre le régime de Mouammar Kadhafi.

En Allemagne, une majorité soutient l'intervention militaire internationale contre la Libye, tout en se félicitant du fait que les forces armées allemandes n'y participent pas, selon un sondage paru dimanche.

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