Allemagne: La coalition de Merkel se déchire sur les drones tueurs
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AllemagneLa coalition de Merkel se déchire sur les drones tueurs

A moins d’un an des élections, les conservateurs et sociaux-démocrates allemands sont divisés sur l’armement des drones sans pilote.

 Le fabriquant israélien IAI  a signé en 2018 avec l’Allemagne un contrat prévoyant la location de cinq drones Heron TP.

Le fabriquant israélien IAI a signé en 2018 avec l’Allemagne un contrat prévoyant la location de cinq drones Heron TP.

AFP

Faut-il doter l’armée allemande de drones tueurs? La question déchire, à moins d’un an des élections, la coalition de conservateurs et sociaux-démocrates dirigée par Angela Merkel, suscitant l’impatience de l’Otan.

Tout commence par un contrat signé en 2018 avec le fabriquant israélien IAI prévoyant la location de cinq drones Heron TP. L’accord de coalition négocié par la CDU (conservateurs) et le SPD (sociaux-démocrates) prévoyait un vote au parlement avant d’éventuellement armer ces appareils.

L’Allemagne n’a jusqu’ici utilisé que des drones de reconnaissance, au Mali et en Afghanistan.

Les conservateurs sont favorables à l’armement de ces engins sans pilote, comme une partie du SPD, les libéraux et l’extrême droite. Les Verts, la gauche de la gauche et des sociaux-démocrates y sont eux farouchement opposés.

Coup de théâtre le 15 décembre, quand un des co-dirigeants du SPD, Norbert Walter-Borjans, et le chef du groupe social-démocrate, Rolf Mützenich, mettent leur veto à l’armement des drones israéliens.

«Tuer au joystick»

Un vote prévu au Bundestag sur le sujet est repoussé sine die et le projet de loi qui prévoyait une enveloppe de 25 millions d’euros, présenté par le ministre des Finances, Olaf Scholz, par ailleurs candidat social-démocrate à la chancellerie, est gelé.

«La frontière entre défendre la vie de nos soldats et tuer au joystick est très mince», relève notamment M. Walter-Borjans.

Un argument balayé par le directeur de la conférence annuelle de Munich sur la sécurité, Wolfgang Ischinger: «Que fait le pilote (d’un avion de chasse), sinon tuer par joystick, en appuyant sur un bouton à 50 kilomètres de distance, sans voir sa cible, et en tirant un missile air-sol?".

M. Mützenich plaide lui pour un grand débat éthique, qui ne se limiterait pas aux cercles d’initiés, sur cette «mise à mort automatisée», à laquelle serait selon lui opposée «la moitié des Allemands».

«Cela me dérange que pratiquement seuls les militaires, les responsables de l’armement et de la défense aient leur mot à dire, mais jamais les médecins ou les représentants de l’Eglise» par exemple, souligne-t-il.

La législature a été ponctuée de tensions au sein de la coalition sur les questions militaires.

Compte-tenu des responsabilités du pays dans la Seconde guerre mondiale, le sujet des missions de l’armée allemande est traditionnellement très sensible.

Le blocage suscite des critiques jusqu’au sein du SPD. Le porte-parole du parti pour les questions de défense, Fritz Felgentreu, a ainsi démissionné au lendemain du veto opposé par son parti.

Les conservateurs eux ne décolèrent pas, accusant leur partenaire de coalition, en difficulté dans les sondages, de mettre un coup de barre à gauche pour «trouver de nouveaux partenaires d’alliance» électorale comme les écologistes, accuse Henning Otte, expert des questions de défense au sein de la CDU.

«Lâcheté»

Fervente partisane de l’armement des drones, la ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, va jusqu’à accuser de «lâcheté» ses partenaires de coalition.

«Nous avons formulé des principes opérationnels qui stipulent que les drones armés ne peuvent être utilisés que de manière défensive par la Bundeswehr, c’est-à-dire pour protéger son propre peuple», martèle la ministre, éphémère «dauphine» de Mme Merkel qui cèdera la présidence de la CDU en janvier.

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, s’est immiscé dans le débat sur l’armement des drones, un pas déjà franchi par plusieurs pays signataires du Traité comme la France ou la Turquie.

«Ces drones peuvent soutenir nos troupes au sol et, par exemple, réduire le nombre de pilotes que nous mettons en danger», explique à l’agence allemande DPA M. Stoltenberg, pointant l’usage de ces armes contre le groupe Etat islamique en Syrie et Irak.

Des drones armés, de fabrication israélienne ou turque, ont aussi constitué un atout tactique pour l’Azerbaïdjan contre l’Arménie dans le récent conflit du Haut-Karabakh.

Cette question constitue en outre un enjeu européen puisque le programme SCAF, mené par la France, l’Allemagne et l’Espagne et destiné à doter l’Europe d’un nouveau système de combat aérien à partir de 2026 prévoit l’utilisation de drones armés.

En Allemagne, la question ne devrait finalement pas être tranchée, selon M. Walter-Borjans, «durant cette législature», qui prendra fin en septembre avec le départ de la chancelière Merkel.

(AFP)

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