La colère des médecins jugés sur le web
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La colère des médecins jugés sur le web

Lancé début mai, le site okdoc.ch permet d'évaluer un médecin en ligne. Dans le corps médical, des voix s'élèvent contre un pratique peu scientifique qui garantit l'anonymat des internautes.

Moins d'un mois après son lancement, le site internet qui permet d'évaluer un médecin provoque la colère des milieux médicaux. Comment ça marche ? En répondant à 19 questions abordant trois thèmes – accueil et équipe, administration, le médecin – les patients peuvent noter en ligne, de 1 à 6, un médecin, généraliste ou spécialiste. Le site vise à «améliorer les relations et partager des expériences. » Selon la Société vaudoise de médecine (SVM), cette plateforme est ouverte à tous les dérapages. D'autant que les notes et les commentaires peuvent être anonymes.

«Critères arbitraires, sans valeur scientifique»

Jean-Pierre Pavillon, médecin généraliste à Echallens, figure comme de nombreux autres collègues sur le site. Si pour l'heure, aucun commentaire ne le sanctionne, le docteur ne voit pas d'un bon œil l'existence d'un tel site. «Les médecins sont notés sur des critères arbitraires qui n'ont aucune valeur scientifique», explique-t-il. «Un patient fâché parce qu'un certificat maladie lui a été refusé pourra ainsi aller sanctionner son médecin en lui mettant des mauvaises notes», se plaint le généraliste, qui ne condamne pas l'évaluation de la qualité des prestations médicales, mais bien plus la méthode choisie pour le faire. «Nous avons un modérateur qui contrôle les commentaires», se justifie Patrick Ducret, de okdoc.ch. Qui convient que «malgré des garde-fous, nous ne pouvons éviter des dérives».

National, le site contient plus de 1000 commentaires, pour l'instant essentiellement sur des médecins vaudois. «Avec nos questions, nous mettons surtout l'accent sur le dialogue entre patient et médecin», estime Patrick Ducret. «Nous n'avons pas la prétention de vouloir juger la qualité d'un traitement». Sauf que le patient peut noter le succès du traitement.

Quid de la protection des données?

«On met sur un même pied d'égalité «accès, transport et parking» ou «les locaux» et «le déroulement de l'examen»», commente, sceptique, Pierre-André Repond, secrétaire général de la SVM. Qui prend aux sérieux les réactions négatives des médecins face à un tel site. En fin de semaine dernière, la SVM a recommandé à tous ses membres de signaler toutes atteintes à la protection des données. Selon l'article 15 de la loi sur la protection des données, les médecins peuvent demander à ne plus figurer sur ce site.

Didier Bender

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