Accident de train au Canada: La compagnie ferroviaire charge les pompiers
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Accident de train au CanadaLa compagnie ferroviaire charge les pompiers

Discrète depuis l'explosion d'un train transportant du pétrole à Lac-Mégantic au Canada qui a fait au moins 13 morts, la société ferroviaire américaine mise en cause a accusé mardi les pompiers locaux d'avoir contribué à l'accident.

Dans des déclarations à des médias locaux, le président de la compagnie The Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA), Ed Burkhardt, a estimé que c'était l'intervention des sapeurs-pompiers d'un village voisin, moins de deux heures avant l'accident, qui aurait provoqué le drame.

Les sapeurs-pompiers du village voisin de Nantes était intervenus vers 23H50 vendredi (05h50 samedi) pour éteindre un petit incendie sur l'une des cinq locomotives du convoi de 72 wagons-citernes.

Ils auraient alors coupé l'alimentation de la locomotive, désactivant ainsi les freins à air de la locomotive.

Les pompiers de Nantes «se sont rendus sur place et ont utilisé un extincteur à main pour l'éteindre. Pour ce faire, ils ont aussi arrêté les moteurs de la première locomotive. C'est ce qui aurait provoqué la suite des événements», a déclaré M. Burkhardt dans une interview au quotidien «La Presse».

Le train sans conducteur aurait ensuite dévalé la pente entre Nantes et Lac-Mégantic, déraillant et explosant dans cette petite ville touristique située à 250 km à l'est de Montréal, juste au nord de la frontière américaine.

M. Burkhardt a fait ces déclarations avant son arrivée prévue mardi en fin de journée à Lac-Mégantic, où le bilan provisoire de l'accident s'établissait toujours mardi matin à «plus ou moins 50 disparus» dont 13 décès confirmés..

Accusations rejetées

L'intensité du brasier a été telle que certains bâtiments n'ont même plus de murs et les policiers ont demandé aux proches des disparus de leur fournir «brosse à dents, brosses à cheveux, peignes, casquettes» qui pourraient contenir des échantillons d'ADN aidant à l'identification des dépouilles.

«Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé entre l'intervention des pompiers sur notre convoi et le moment où nous avons été informés que le moteur de la locomotive avait été éteint. De toute façon, lorsque nous l'avons su, il aurait été trop tard. Le convoi aurait déjà atteint Lac-Mégantic, avant même que nous puissions envoyer quelqu'un rétablir les freins», a poursuivi M. Burkhardt.

Le chef des sapeurs-pompiers de la municipalité de Nantes, Patrick Lambert, a réfuté ces accusations.

«Quand on est arrivés, la locomotive fonctionnait. C'est nous qui l'avons arrêtée, par sécurité. C'est dans le protocole d'intervention de MMA, il faut couper le moteur«, a-t-il dit. Il a rappelé que son équipe avait été appelée à intervenir à quatre reprises auprès de cette entreprises dans les huit dernières années.

Locomotives au coeur de l'enquête

L'enquête sur l'accident portera notamment sur les causes de l'incendie qui a éclaté à bord d'une des locomotives avant la tragédie, ont annoncé mardi les enquêteurs.

Cette enquête, qui examinera aussi les procédures opérationnelles de la compagnie américaine The Montreal, Maine & Atlantic Railway, ainsi que les systèmes de freinage, les roues et les wagons du train, s'annonce «très complexe», a dit à la presse l'enquêteur principal, Ed Belkaloul.

Dans un premier temps, l'équipe de quatorze enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) voudra connaître les causes de l'incendie qui a éclaté vers 23H50 à bord d'une des cinq locomotives dans un village voisin de Lac-Mégantic.

«Est-ce un ennui mécanique ou un problème de lubrification? Il faut déterminer la cause du feu», a souligné M. Belkaloul, ajoutant que «des spécialistes en ingénierie vont se concentrer sur les locomotives».

«Vers minuit, on sait que le moteur a été coupé. Le feu est éteint. Environ une heure plus tard, le train a commencé à rouler (...), juste après le départ des pompiers et du représentant de la compagnie», dévalant une «pente de 1,2%» et arrivant «au-delà de la vitesse autorisée» à Lac-Mégantic.

Les experts vont également se pencher sur «tout ce qui touche à l'exploitation du train (...), les règles, les procédures en place», ainsi que sur les wagons-citernes utilisés. «On a vu les dégâts qui ont été causés aux wagons-citernes», dont au moins quatre ont explosé, a dit M. Belkaloul. Ces wagons «de classe 111» sont «d'usage général» en Amérique du Nord et peuvent aussi bien transporter de «l'huile de maïs que des hydrocarbures». Ils «ne sont pas comme des wagons de propane qui ont une double coque pour résister aux impacts», mais leur utilisation n'est pas «illégale», a-t-il encore précisé. (afp)

Le pape prie pour les victimes

François s'est associé à la douleur des blessés et des familles endeuillées par l'explosion du train à Lac-Mégantic, dans un message adressé mardi à la Conférence des évêques du Canada.

«Apprenant le tragique déraillement de train survenu à Lac-Mégantic, faisant de nombreuses victimes dont beaucoup sont encore portées disparues, le pape s'associe par la prière à la peine des familles endeuillées et il confie les familles à la miséricorde de Dieu», indique ce message transmis par le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat du Saint-Siège.

Le souverain pontife «exprime sa profonde sympathie aux personnes blessées et à leurs familles, aux secouristes et à toutes les personnes qui les entourent, priant le Seigneur de leur apporter aide et consolation dans cette épreuve».

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