UBS: La Confédération empoche 1,2 milliard. A-t-elle touché le pactole?
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UBSLa Confédération empoche 1,2 milliard. A-t-elle touché le pactole?

Berne réalise une plus-value de 1,2 milliard de francs en vendant ses actions UBS. L'opération semble juteuse pour la Confédération, mais aurait-elle pu faire mieux?

par
Thomas Piffaretti

S'assurer un gain immédiat substantiel ou attendre pour toucher le jackpot? La question a forcément dû tirailler les experts du Département des finances au moment de prendre leur décision. En vendant aujourd'hui ses 332 millions d'actions UBS, acquises pour 6 milliards de francs en octobre 2008, le gouvernement réalise une plus-value de 1,2 milliard de francs.

«Ça va faire jaser dans les gazettes, réplique Pierre-André Dumont. Certains diront que c'était le bon moment, d'autres assureront qu'il aurait fallu attendre que l'action prenne encore de la valeur». Mais le professeur en Hautes Études Commerciales de l'université de Genève estime que la Confédération n'a jamais voulu réaliser de coup boursier.

«Berne est arrivé en pompier pour sauver le système. Car si l'UBS vient à s'effondrer, c'est l'ensemble du système banquier suisse qui serait menacé». Pour Pierre-André Dumont, Berne doit avoir le sentiment que sa mission est accomplie au sein de l'UBS. Le gouvernement fait maintenant place nette aux «entreprises de reconstruction». C'est-à-dire aux spécialistes de la branche.

L'avocat genevois Carlo Lombardini, spécialiste en droit bancaire, a un avis un peu plus tranché sur la question. «Ça me paraît être un bon moment, puisque la Confédération réalise un profit. En tout cas ça légitime son action. C'est davantage l'évolution des actifs toxiques UBS toujours en possession de la Banque nationale qui me paraît intéressante». La BNS a en effet acquis pour plus de 44 milliards de francs de placements problématiques de la banque dans le cadre du plan de sauvetage.

Pourquoi ne pas avoir attendu pour gagner plus?

Mais depuis l'annonce de la conclusion de l'accord entre la Suisse et les États-Unis, l'action UBS ne cesse de grimper. A midi, le titre gagnait déjà 4%. L'administration fédérale n'aurait-elle donc pas dû patienter pour espérer faire une plus-value plus importante? «Les marchés boursiers sont faits d'hypothèses, on ne sait pas de quoi l'avenir est fait», juge le professeur. Le risque de tout perdre semble dès lors trop grand.

«De toute façon, la Confédération n'a pas vocation à faire de la spéculation boursière, mais à préserver l'ordre et le bien publics». Quant à savoir si la banque est suffisamment solide pour se passer de l'aide de l'État, c'est une question sur laquelle Pierre-André Dumont affiche sa prudence. «L'accord conclu hier n'est que le début de l'histoire. L'UBS doit encore se sortir du bourbier des subprimes», et convaincre sa clientèle de lui maintenir sa confiance malgré la transmission d'informations au fisc américain. Et le désengagement du gouvernement a certainement été décidé en concertation avec le Conseil d'administration de l'UBS.

Une bonne affaire pour les actions

L'action UBS accélérait ses gains jeudi à la mi-journée.

Elle profite d'un regain d'intérêt au moment où la Confédération est en train de placer son paquet d'actions UBS issu de l'emprunt à conversion obligatoire acquis en faveur de la banque il y a neuf mois.

A 11h45, l'action UBS s'appréciait de 3,4% pour s'échanger à 17,31 francs, après avoir clôturé en recul de 0,95% mercredi à 16,74 francs. L'indice des valeurs vedettes de la Bourse suisse, le Swiss Market Index (SMI), prenait au même moment près de 1,4% pour repasser au-dessus des 6000 points (6062) et évoluer à ses plus hauts niveaux de l'année.

Le titre avait ouvert en hausse de 2,15% en monopolisant rapidement l'attention. Il réagit favorablement au double événement survenu la veille, à savoir la signature de l'accord entre Washington et Berne pour régler le litige fiscal aux Etats-Unis et la vente des actions de la Confédération.

En ce qui concerne cette dernière, les courtiers parlent d'une fourchette de placement de 16 à 16,50 francs. La procédure de bookbuilding (livre d'ordres d'achat des titres) s'est par ailleurs achevée par une sursouscription. Le prix prix final devrait être communiqué vers 13h00.

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