Guerre en Ukraine: La Confédération refuse de soigner les blessés et malades ukrainiens

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Guerre en UkraineLa Confédération refuse de soigner les blessés et malades ukrainiens

Même les civils ne peuvent pas être pris en charge en Suisse, selon le Département fédéral des affaires étrangères, qui défend le principe de neutralité.

Durement touché par le conflit, le système de santé ukrainien peine à prendre en charge tous les patients, qui doivent être transférés à l’étranger.

Durement touché par le conflit, le système de santé ukrainien peine à prendre en charge tous les patients, qui doivent être transférés à l’étranger.

AFP

La Suisse a reçu une demande d’aide en mai dernier pour prendre en charge des blessés et des malades ukrainiens. Le conflit, qui dure depuis bientôt quatre mois, a détruit de nombreuses infrastructures hospitalières. Le gouvernement ukrainien cherche à soigner à l’étranger des soldats blessés au combat, mais aussi des civils, des malades et des personnes accidentées que le système de santé en Ukraine n’a plus les moyens de prendre en charge.

Selon une information du «Tages-Anzeiger», la demande officielle a été faite auprès du Service sanitaire coordonné (SSC) de l’armée suisse par l’Euro-Atlantic Disaster Response Coordination Centre, une sous-organisation de l’OTAN qui coordonne les évacuations médicales d’Ukraine.

Les cantons favorables

Comme en Suisse les cantons sont compétents en matière d’hôpitaux, le service sanitaire de l’armée s’est tourné vers eux. Dans une prise de position datant du 19 mai, la Conférence des directeurs cantonaux de la santé s’est dite «en principe ouverte» à la prise en charge de ces personnes. Mais le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a mis son veto au nom de la neutralité suisse, pour des raisons «juridiques et pratiques».

Le département d’Ignazio Cassis fait référence aux Conventions de Genève de 1949. Elles contiennent une disposition spéciale pour les États neutres, qui s’applique dans ce cas selon le DFAE. L’article 37 de la première convention règle le cas où un pays neutre soigne des soldats blessés d’États belligérants. Dans ce cas, le pays doit veiller à ce que les soldats, une fois guéris, ne «puissent pas de nouveau prendre part aux opérations de la guerre».

Difficile de distinguer civils et soldats

Pour s’assurer que les soldats ne retournent pas au combat, la Suisse pourrait même les emprisonner. Il n’y aurait eu d’exception que si la Russie avait autorisé le retour des soldats ukrainiens. Une option peu probable, estime le DFAE. Ce dernier se réfère aussi à la Convention de La Haye de 1907, qui a les mêmes exigences pour les États neutres traitant des blessés.

Et pourquoi les civils ne pourraient-ils pas être soignés en Suisse? Interrogé par le «Tages-Anzeiger», le secrétaire d’État adjoint du DFAE, Johannes Matyassy, répond qu’il est presque impossible de distinguer les civils des soldats dans le cadre du conflit ukrainien. «En ce moment, en Ukraine, de nombreux civils prennent également les armes.» Le DFAE affirme vouloir apporter une aide aux hôpitaux ukrainiens, mais une décision à ce propos sera prise plus tard.

L’Autriche, également neutre, a promis fin mai de prendre en charge 100 blessés graves venus d’Ukraine. Seuls trois y ont été soignés, selon la RTS.

Aide au déminage

Le nombre de zones minées et touchées par des munitions non explosées en Ukraine a fortement augmenté depuis le début de la guerre, indique ce lundi l’armée suisse, qui propose son aide. Elle invite des spécialistes ukrainiens à suivre des cours sur le déminage humanitaire en Suisse. Plusieurs d’entre eux seront ainsi formés dans les semaines à venir. La Suisse prend en charge leurs frais de voyage et de séjour. L’armée suisse organise régulièrement des cours au niveau international dans le cadre du Partenariat pour la paix (PPP) de l’OTAN, en collaboration avec le Centre international de déminage humanitaire de Genève (CIDHG).

(jba)

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