Donel Jack’sman ne supporte pas la bêtise
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Donel Jack’sman«La connerie se propage encore plus vite que le Covid»

Dans son nouveau spectacle, l’humoriste Donel Jack’sman ose dénoncer sans détour les travers de notre société actuelle.

par
Ludovic Jaccard
L’humoriste Donel Jack’sman se produira à Genève, le jeudi 28 avril 2022.

L’humoriste Donel Jack’sman se produira à Genève, le jeudi 28 avril 2022.

Fifou

Révélé dans l’émission «On n’demande qu’à en rire», sur France 2, en 2011, Donel Jack’sman en a fait du chemin. À l’occasion de son deuxième spectacle, «Ensemble», qu’il présentera au Théâtre de la Madeleine de Genève, le jeudi 28 avril 2022, l’humoriste français de 40 ans s’est confié à cœur ouvert.

De quoi parle votre nouveau one-man-show, «Ensemble»?

Je l’ai écrit juste après l’incident raciste que j’avais subi à Nice, lors de mon premier spectacle (ndlr: un spectateur l’avait traité de «sale Noir»). Ce nouveau spectacle est donc un peu une réponse à tous les racistes et à tous ceux qui cherchent à diviser les communautés. Au-delà du rire, je voulais aussi un côté sociétal à ce spectacle. Mon message serait de dire qu’il faut arrêter de se battre pour des combats stériles tels que la religion, la couleur de peau, le sexe, l’orientation sexuelle. Ce sont des conneries, parce que la vie se passe en trois étapes: tu nais, tu vis, tu meurs. Alors, essayons tous de passer ce voyage de la façon la plus sereine possible. Nous devons vivre ensemble, s’accepter et s’aimer.

Vous sentez-vous souvent victime de racisme?

Oui, je le vis au quotidien, car nous sommes dans une société qui a un racisme historique, ancré, et il ne partira pas de sitôt. Moi, j’ai la chance de faire partie des Noirs les mieux logés. Je suis un artiste, je passe à la télé, je fais du cinéma, je gagne bien ma vie. Je ne fais pas partie de la minorité qui est la plus à plaindre. Mais le racisme est toujours là quand on voit Éric Zemmour et la montée de l’extrême droite en France, ça fait peur.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans l’humour?

Au départ, j’ai commencé par le rap, puis par le théâtre. Là, j’ai fait une rencontre décisive avec un professeur qui m’a donné le conseil le plus violent et le plus salvateur. Il m’a dit: «T’es un bon comédien, mais on est en France et tu es Noir. Ce pays est raciste, alors n’attends pas sur les gens. Écris tes propres textes. Fais en sorte que les gens ne puissent pas se passer de toi, mais n’attends pas qu’ils viennent vers toi, car ça n’arrivera pas.» Après avoir passé trois ans au Cours Florent, ça m’a fait mal d’entendre ça, mais en même temps, ça m’a motivé.

Dans votre spectacle, vous dites que la bêtise des gens vous insupporte…

Oui, il y a des gens qui font des trucs stupides. Et plus on avance dans la technologie, plus l’être humain devient bête. On fait confiance aujourd’hui à un téléphone qui est mille fois plus malin que nous. Je ne sais pas où on va avec ce système-là. Les réseaux sociaux ont aussi ouvert les vannes de la connerie, alors qu’avant, les gens étaient peut-être bêtes dans leur coin. Tout est relayé maintenant, autant par les gens que par les médias. Du coup, la connerie se propage encore plus vite que le Covid.

Avez-vous peur que votre carrière puisse s’arrêter?

Oui, j’y pense tous les jours. Parce que c’est un métier tellement fragile et incertain. Et je ne suis pas l’artiste le mieux placé pour durer super longtemps parce que je suis très clivant, je divise. Je ne sais pas faire tout le jeu du show-business, mais au moins, je fais ce que j’aime et je ne dois rien à personne.

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