Genève – La consommation du futur collisionneur du CERN en question

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GenèveLa consommation du futur collisionneur du CERN en question

La conseillère nationale Delphine Klopfenstein Broggini veut connaître l’impact climatique de l’infrastructure qui pourrait remplacer le collisionneur actuel (LHC).

par
Maria Pineiro
Le Futur Circular Collider doit prendre la place de l’actuel collisionneur, le Large Hadron Collider (LHC), à l’horizon 2040.

Le Futur Circular Collider doit prendre la place de l’actuel collisionneur, le Large Hadron Collider (LHC), à l’horizon 2040.

Pascal Frautschi/VQH

Quatre térawatts-heure, soit approximativement le double de la consommation électrique annuelle de l’entier du réseau ferroviaire suisse: c’est ce que pourrait utiliser à l’horizon 2060 le Future Circular Collider (FCC) du CERN, soit le prochain accélérateur de particules. Le projet, qui en est encore au stade des études de faisabilité, frappe par son gigantisme: un tunnel de 100km entourant le canton de Genève sera construit, générant 3,5 pyramides de Khéops de gravats. Ces données, accessibles en toute transparence sur le site internet du CERN, ont amené Delphine Klopfenstein Broggini a interpeller le Conseil fédéral. La conseillère nationale écologiste genevoise a demandé au gouvernement s’il pouvait «estimer l’impact climatique de FCC?»

«S’interroger sur les grands projets»

«Ce projet est sans commune mesure, souligne l’élue. Quand je vois la quantité d’énergie qui pourrait être consommée, j’estime qu’il faut se poser la question de l’impact.» Pour Delphine Klopfenstein Broggini, à l’heure où, si l’on souhaite «tirer la prise du nucléaire, il faudra passer par la case de la sobriété, le débat doit être ouvert dans tous les domaines. Il est nécessaire de s’interroger sur tous les grands projets d’avenir». L’écologiste prévient: «iIl ne s’agit pas de remettre en cause la recherche scientifique, mais de l’inclure dans une réflexion qui nous regarde tous.»

Etude de faisabilité

Contactée, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire a expliqué mener actuellement une étude portant sur la faisabilité technique et financière du FCC, qui comprend «également l’impact environnemental. Diminuer ce dernier fait partie du cahier des charges». Le total de 4TWh est confirmé, mais le CERN précise s’atteler à «développer des technologies plus économes en énergie qui nous permettraient de réduire ce chiffre». Par ailleurs, l’institut de recherche rappelle que son principal fournisseur d’énergie est Electricité de France (EDF), dont la production est à 90% décarbonée (ndlr: près de 70% de l’électricité produite en France est d’origine nucléaire et plus de 20% provient d’énergies renouvelables).

Une contribution à la lutte contre le changement climatique

Interpellé quant à la consommation attendue du FCC, le CERN a répondu que «l’étude de faisabilité du FCC intègre le principe du ‘éviter, réduire et compenser’ à chacune de ses étapes, s’efforçant d’offrir une infrastructure de recherche durable pour le XXIe siècle». Par ailleurs, le centre souligne que «les technologies en cours de développement pour le FCC ont un large potentiel d’application dans de nombreux domaines, ce qui nous permettrait non seulement de réduire la consommation d’énergie de la machine elle-même, mais également la consommation d’énergie en général», concluant que le projet «dans son ensemble pourrait apporter une contribution nette positive à la lutte contre le changement climatique».

Quant au Conseil d’Etat genevois, dont le territoire accueille le Cern avec la France voisine, il a indiqué souhaiter «laisser la Confédération s’exprimer dans le cadre de sa réponse prochaine à l’interpellation». Le gouvernement ajoute que, concerné géographiquement par ce projet, «il paraît évident qu’il sera associé aux études et démarches en vue d’estimer sa faisabilité ou pas».

Recherche fondamentale

Le Future Circular Collider (FCC), c’est la prochaine génération de collisionneurs de particules, explique le CERN sur son site internet. Une infrastructure qui doit venir prendre la suite du LHC, le plus grand et le plus puissant collisionneur de particules au monde actuel, vers 2045 pour la première étape, puis 2060 dans la deuxième phase. Il s’agit d’accélérer des particules, comme des protons, avant de les faire se heurter à très haute vitesse. La collision permet de créer d’autres particules et, ainsi, de confirmer la réalité de théories de la physique des particules et d’étudier les mystères de l’univers, notamment de sa création. Plusieurs options sont actuellement à l’étude, notamment pour déterminer quelles particules devraient être entrechoquées dans la future infrastructure. L’étude de faisabilité rendra ses conclusions en 2025. Si elle aboutit au constat que la construction d’un nouveau collisionneur est réalisable, alors, une proposition pourrait être soumise au Conseil du CERN d’ici la fin de la décennie.

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